Ringier, le plus grand éditeur de Suisse, a bien résisté en 2003 à la morosité dans le domaine de la presse et enregistre le deuxième meilleur résultat de son histoire. Le groupe zurichois (actionnaire du Temps) a réalisé un bénéfice de 43,2 millions de francs, en hausse de 10%, sur un chiffre d'affaires en légère baisse de 1,01 milliard de francs (–2,1).

Michael Ringier, président du conseil d'administration, s'est déclaré satisfait de ces chiffres. «Quand la conjoncture va mal, Ringier va toujours un peu moins mal que les autres», a-t-il déclaré. Il explique ces bons résultats principalement par l'engagement du groupe en Europe centrale et de l'Est: «Lancée il y a 15 ans, notre présence porte ses fruits.» Il évoque également les efforts de compression des coûts, qui ont entraîné des licenciements dans le groupe l'année dernière, avant tout dans le domaine de l'imprimerie. Le personnel en Suisse a diminué de 9,1%.

Les publications de Ringier en Europe centrale et de l'Est représentent 22,5% du chiffre d'affaires, la République tchèque et la Hongrie se taillant la part du gâteau, à côté de la Roumanie et de la Slovaquie. Les ventes ont augmenté de 60 millions l'année dernière (+35%), une croissance due pour 45% à de nouvelles acquisitions. Déclinant Blick dans toutes les langues, l'éditeur détient le plus grand quotidien de boulevard dans chacun de ces pays, ainsi que, depuis la fin 2003, en Serbie.

Le groupe zurichois, qui possède 11 quotidiens et 32 magazines, affiche une ferme volonté de continuer son expansion dans cette région. Il touche toutefois à ses limites dans le domaine des quotidiens, en raison des dispositions anticartellaires, comme en Hongrie par exemple, et vise désormais le marché des magazines. Si Michael Ringier se déclare prêt à prendre pied en Croatie, il exclut toute incursion sur le marché russe. En Asie, Ringier a souffert de la guerre en Irak et du SRAS et enregistré un recul de ses ventes (44 millions de francs).

Ringier, même s'il enregistre des résultats meilleurs que les deux autres grands groupes de presse suisses Edipresse et Tamedia, a perdu près de 8% de son chiffre d'affaires sur le marché des journaux et magazines en Suisse, qui atteint encore 536 millions de francs. Blick, son quotidien phare dont on attend avec grande impatience la sortie à l'essai en demi-format lundi prochain, a vu son tirage baisser, tout comme le SonntagsBlick: ce recul est dû notamment à un resserrement du réseau des caissettes de vente.

L'avenir aux synergies

Par comparaison, Edipresse a vu ses ventes en Suisse augmenter grâce aux excellents résultats du Matin. Contrairement à Ringier, le groupe lausannois a vu son résultat net baisser de 13%, mais son chiffre d'affaires, lui, a augmenté de 14% en raison de nouvelles acquisitions. L'autre groupe zurichois, Tamedia, a en revanche enregistré un exercice 2003 négatif, en raison notamment des pertes publicitaires de son quotidien Tages-Anzeiger.

Lancées il y a dix ans, les activités télévisuelles de Ringier maintiennent le cap. Le groupe compte une bonne douzaine d'émissions diffusées sur le deuxième programme alémanique et la fenêtre suisse de Sat 1. L'avenir est aux synergies entre produits écrits et émissions télévisées, comme par exemple dans le domaine de la santé avec Gesundheitssprechstunde (la consultation santé).

L'hebdomadaire économique Cash cause le plus de soucis à l'éditeur alémanique, avec une baisse de 20% de son chiffre d'affaires (22,1 millions de francs). Un projet de renoncer au format journal et de le transformer en magazine est à l'étude, une décision est attendue pour la fin mai. Quant au nouveau quotidien que le groupe pourrait lancer sur le marché alémanique, Michael Ringier reste bouche cousue: «C'est un projet, c'est tout ce que je peux dire.»