Les critiques de Bruxelles sont particulièrement mal perçues à Berlin. En pleine négociation avec les sociaux-démocrates en vue de former le prochain gouvernement, la CDU d’Angela Merkel pourrait de fait être amenée – bien malgré elle – à faire quelques concessions sur le terrain social. Le SPD veut notamment imposer à la chancelière l’instauration d’un salaire minimum, l’encadrement des loyers, un minimum pour les retraites et un programme d’investissement public massif.

Dans ce contexte, l’intervention de la Commission européenne dans le débat est perçue par les conservateurs comme une immixtion insupportable, destinée à soutenir la position du SPD. Le député CSU Markus Ferber parle même d’un «affront incroyable». Dans les rangs conservateurs, on rappelle que «l’Europe n’ira pas mieux le jour où l’Allemagne se mettra à vendre moins de voitures» et que la demande intérieure est déjà le moteur de la croissance en 2013 et le sera plus encore en 2014.

Surtout ne rien changer

Mais la réplique la plus virulente à la Commission est venue hier indirectement du Conseil des cinq sages, un groupe d’éminents économistes qui conseille le gouvernement et implore Angela Merkel de ne rien changer à sa politique. «La situation économique actuelle et la bonne situation de l’Allemagne par rapport aux pays européens en crise semblent avoir brouillé la vision de beaucoup de responsables politiques quant aux défis» qui se poseront au pays, estiment les cinq experts dans leur rapport dit d’automne, torpillant le programme du futur gouvernement avant même qu’il ne soit adopté.

«Il n’est pas besoin d’intervention publique supplémentaire» sur le marché du travail, estime le rapport. Les «sages» s’en prennent à toute tentation d’avancer l’âge du départ à la retraite ou d’augmenter les impôts. Quatre des cinq experts refusent le principe d’un salaire minimum qui «détruira de nombreux emplois, notamment en ex-RDA». Seul l’économiste Peter Bofinger, proche du SPD, défend un minimum salarial de 8,50 euros de l’heure, déjà «standard dans tous les pays civilisés». «Il est vrai que l’Allemagne n’investit pas assez, a concédé l’un des cinq sages, Volker Wieland. Mais le problème de l’investissement privé, ce sont les incertitudes qui pèsent sur de possibles hausses d’impôts. Le mieux serait de mettre fin le plus vite possible à de telles spéculations.»

Angela Merkel s’est félicitée de ce soutien indirect à la politique libérale de son précédent gouvernement: ces recommandations «arrivent au bon moment» et pourraient servir de base aux discussions en cours «en vue de définir une politique juste du travail» et de «créer de nouveaux emplois». «Nous prendrons ces mises en garde très au sérieux», a ajouté la chancelière. Même satisfaction du côté des chambres de commerce et d’industrie: «ce dont nous avons besoin est une volonté de poursuivre les réformes et non la mise en place d’une politique sociale coûteuse», a commenté le président de la fédération DIHK Martin Wansleben.