La rémunération des managers a quadruplé entre 1993 et 2000, s'est assagie par la suite et a baissé jusqu'en 2002. Avant de reprendre l'ascenseur. Etrangement, le licenciement des patrons a suivi le même parcours et au même rythme. L'explosion des salaires des directeurs généraux (DG) peut être expliquée, au moins en partie, par l'augmentation du risque d'être mis à la porte, ont affirmé Florian Peters et Alexander Wagner, de l'Université de Zurich, lors de la réunion annuelle du Swiss Finance Institute mardi. Un point d'augmentation du risque de licenciement du manager est associé à une augmentation de 10% de la rémunération, soit de quelque 200000 dollars, selon les deux économistes.

Le travail de Peters et Wagner est complètement novateur. Ils observent le déclin massif de la rémunération du manager dans sa nouvelle occupation. En général, il gagnera environ 50% de moins qu'avant son licenciement. De plus, le successeur du patron remercié gagnera davantage que son prédécesseur. Il existe donc une «prime de risque de carrière». Les deux économistes observent que les incitations en actions ne sont guère différentes selon que la société ait demandé à son directeur de partir ou non. La tendance à l'augmentation des incitations n'est donc pas la cause de l'augmentation du chiffre d'affaires et du salaire du manager.

xLa nécessité de dépasser les attentes des analystesUne autre recherche présentée hier se penche sur le rôle croissant des attentes des analystes dans la stratégie des entreprises. François Degeorge, de l'Université de Lugano, montre que durant les années 90, la probabilité de présenter des bénéfices conformes aux attentes n'a cessé de croître. Les entreprises parviennent de plus en plus à relever ce défi, mais elles en sont de moins en moins récompensées. Le marché des actions en attend davantage, notamment depuis 1999. Aujourd'hui, le bénéfice doit dépasser les attentes. Le rendement de la surprise positive est de 1,04% après quatre jours, selon l'observation de 15136 entreprises américaines entre 1985 et 2004.

Les directeurs financiers (CFO) des entreprises semblent prisonniers des analystes, mais ils jouent le jeu. Une enquête menée auprès de 400 d'entre eux souligne leurs efforts. Malgré le durcissement des réglementations émises dans le sillage d'Enron, ils acceptent de sacrifier «de la valeur économique pour présenter des comptes satisfaisants. Ainsi, le bénéfice compte davantage que le cash-flow. C'est le contraire de ce que l'on enseigne», déclare François Degeorge. En clair, les directeurs financiers manipulent les comptes en toute légalité pour, objectif majeur, répondre aux attentes. Les moyens usuels comprennent le lancement de promotions, la réduction des dépenses de recherche ou de marketing, voire même la diminution des investissements. Les CFO peuvent aussi «gérer les attentes des analystes». Ce comportement traduit une sorte de convention au sein de l'industrie, selon l'auteur.

xSix facteurs qui pèsent sur les margesCarlos Jarillo, de l'Université de Genève, explique lui que le niveau des marges d'un secteur industriel n'est pas le fruit du hasard ni du savoir des managers: «C'est la stratégie qui explique le succès ou l'échec.» Il met en évidence six facteurs explicatifs du niveau des marges bénéficiaires: les barrières à l'entrée, le nombre de concurrents, la différenciation entre les produits, le coût de changement d'équipement, la croissance de la demande, les coûts fixes et les barrières à la sortie. Ce dernier point explique en partie l'impossibilité pour le transport aérien d'être rentable à long terme.