Au cœur des marchés

Du risque à tout prix

Alors que l’environnement des taux d’intérêt négatifs couvre aujourd’hui une part importante du marché obligataire suisse et européen, les investisseurs cherchent des alternatives

Au cœur des marchés

Du risque à tout prix

Alors que l’environnement des taux d’intérêt négatifs couvre aujourd’hui une part importante du marché obligataire suisse et européen, allant jusqu’aux échéances à 10 ans en Suisse et à 5 ans en Allemagne, les investisseurs cherchent des alternatives. Institutionnels, fonds de pension, asset managers, tous parlent d’une même voix pour orienter la stratégie d’investissement vers des produits à risque en espérant que la qualité de la sélection les protège contre l’inflation des prix des actifs.

L’obligation, traditionnellement recherchée pour ses attributs de protection du capital et de rendements fixes réguliers, a tout à coup changé de nature. Elle devient un investissement avec une perte annuelle systématique et définie. Face à ce changement, les investisseurs spécialisés en quête de gains ou de rendements s’orientent vers des obligations qui pourraient leur offrir un gain en capital ou qui conservent des revenus dans des segments d’entreprise de moindre qualité, ou encore vers les actions d’entreprises distributrices de dividendes. Le placement immobilier attire également certains pour leurs revenus fixes annuels. D’aucuns prônent même le placement en entreprises non cotées ou dans les infrastructures.

Ces investissements de substitution ont tous une caractéristique commune, la prise de risque accrue. Si le revenu régulier peut être assuré, la vertu de la protection du capital contre le risque disparaît: le capital est en effet exposé à une perte d’autant plus élevée que les liquidités se réfugient dans ces actifs dont les prix inflatés peuvent théoriquement imploser. Cet environnement de taux négatifs pousse également les entreprises à s’exposer plus facilement aux risques financiers (de changes, de crédit, de liquidité).

Les préceptes comptables de la gestion des bilans des entreprises doivent être révisés à la lumière de l’adéquation entre maturités du bilan, risques opérationnel et financier, rendement du capital et coût de la dette, quand le passif rapporte et l’actif entraîne des frais. Quant aux banques commerciales suisses, non seulement exposées à l’investissement mais également au financement à taux négatifs – faute de contreparties bancaires prêtes à financer à taux négatifs, comme en témoignent les statistiques de janvier – elles ont recouru de façon inhabituelle aux liquidités en devises étrangères, dollar ou euro, pour financer leur activité de crédits domestiques libellés en francs suisses, à contre-courant de la dépréciation de la monnaie helvétique.

L’investissement sans revenu, mais justifié essentiellement par d’hypothétiques gains en capital nous rappelle des temps passés galvanisant une prise de risque non contrôlée où l’on se cachait derrière le changement et la qualité pour laisser progresser les prix des actifs. L’année 2015 est d’ores et déjà le laboratoire grandeur nature des taux d’intérêt négatifs où inexploré rime avec volatilité et soucis avec risque à tout prix.

* Economiste en chef, BCGE

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