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Angela Merkel s'est vu remettre mercredi 8 novembre le rapport annuel du comité d’experts respecté qui conseille le gouvernement fédéral pour les questions économiques.
© Markus Schreiber/AP Photo

Conjoncture

Risque de surchauffe pour l’économie allemande

Le comité des cinq Sages, qui conseille le gouvernement fédéral pour les questions économiques, revoit à la hausse ses prévisions de croissance et alerte sur un risque de surchauffe. Il recommande de tourner le dos à la «logique de redistribution» et de privilégier les investissements

Les «cinq Sages», le comité d’experts respecté qui conseille le gouvernement fédéral pour les questions économiques, ont remis mercredi à Angela Merkel leur rapport annuel, lourd de quelque 460 pages, intitulé cette année «Pour une politique économique tournée vers l’avenir».

Les Sages se félicitent de la bonne santé de l’économie du pays, et revoient à la hausse leurs prévisions pour l’année en cours (de 1,4 à 2%) ainsi que pour 2018 (de 1,6 à 2,2%). Revers de la médaille, le comité souligne un «risque de surchauffe» lié à une «surcharge des capacités de production». Une telle situation est jugée dangereuse car source potentielle d’investissements inconsidérés de la part des entreprises comme des particuliers, ce qui pourrait entraîner une nouvelle phase de ralentissement.

Investissements réclamés

Fidèles à la tradition, les cinq Sages s’immiscent dans le débat politique allemand, et multiplient les recommandations aux trois partis – les chrétiens-démocrates (CDU-CSU), les libéraux (FDP) et les Verts – qui négocient en ce moment même autour d’Angela Merkel en vue de former le prochain gouvernement. Ils réclament des investissements, notamment dans les infrastructures, avec un plan de numérisation de l’économie allemande, des investissements dans le système scolaire et universitaire et la mise en place d’une année de maternelle obligatoire et gratuite pour tous.

«Du fait du bon contexte conjoncturel, il serait adapté de se concentrer sur une politique d’avenir, plutôt que comme par le passé sur une logique de redistribution», insistent les experts. Le rapport critique ainsi de manière indirecte la politique menée par la précédente majorité CDU-SPD, jugée trop keynésienne. Le comité dénonce par la même occasion certains points des négociations en cours tels que l’introduction d’une incitation fiscale à l’achat d’un premier logement ou à la rénovation de bâtiments en vue de favoriser les économies d’énergie (deux mesures voulues par les Verts), ou encore l’incitation fiscale à la recherche et au développement (réclamée par le FDP). «De telles mesures auraient un effet parasitaire et apporteraient peu en termes de croissance», estiment les Sages.

Miser sur les réductions d’impôts

Le comité recommande au futur gouvernement de miser plutôt sur les réductions d’impôts – avec notamment la suppression pure et simple de l’impopulaire impôt «de solidarité» destiné à soutenir les régions de l’ex-RDA – et un abaissement du taux de la cotisation chômage, de 3 à 2,5% du salaire brut. Le rapport suit sur ce point les revendications du FDP. Les libéraux, qui ont renoncé à imposer la réforme fiscale en profondeur à laquelle ils aspirent, souhaitent en tout cas supprimer l’impôt «de solidarité».

Le rapport rappelle qu’avec «plus de 30 milliards d’euros d’excédents publics, soit le niveau le plus élevé depuis la réunification» (excédents cumulés de l’Etat fédéral, des Länder, des communes et des budgets sociaux), l’Etat a «une grande marge de manœuvre». Le Ministère des finances doit révéler jeudi ses estimations pour les recettes fiscales de 2017.

Accueil peu enthousiaste

Angela Merkel a réagi prudemment. «Les demandes de redistribution sont toujours particulièrement fortes en période de vaches grasses. Les gens ont alors de fortes attentes à l’égard de l’Etat», a-t-elle rappelé, pour défendre sa politique jugée trop timide par les experts.

Sans surprise, le rapport a été froidement accueilli par l’institut DIW de Berlin, présent dans le débat politique en Allemagne et proche des syndicats. Le DIW est particulièrement opposé à la suppression de l’impôt «de solidarité». «Sa suppression équivaudrait à une redistribution massive en faveur des hauts revenus, puisque 90% de cet impôt sont payés par le tiers le plus aisé de la population», insiste le patron du DIW, Marcel Fratzscher.

Au niveau européen, les Sages demandent au gouvernement fédéral de «s’appuyer sur l’impulsion lancée par le nouveau président français Emmanuel Macron pour faire avancer l’ensemble de l’intégration européenne», tout en mettant en garde contre toute mutualisation des dettes des pays de la zone euro.

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