La situation des Etats-Unis est «préoccupante». Telle est la principale conclusion qui se dégage du débat sur les perspectives économiques 2005 qui s'est tenu mercredi en ouverture du Forum de Davos.

Après une année «sensationnelle», selon le mot de l'éditorialiste du Financial Times Martin Wolf, rappelant le taux de croissance moyen de presque 5% réalisé en 2004, où sont les forces et les faiblesses de l'économie mondiale? Stephen Roach, chef économiste de Morgan Stanley, est inquiet de voir les consommateurs américains – dont le niveau d'épargne est tombé à zéro – extraire toujours plus de valeur de leurs biens immobiliers, ce dernier secteur ayant atteint «le stade de la bulle».

Jacob Frenkel, vice-président de l'American International Group, se soucie moins du double déficit américain en lui-même que de l'inaction des autorités «qui semblent ne pas vouloir s'attaquer au problème». Laura Tyson, de la London Business School, approuve – «il n'y a rien dans l'agenda fiscal pour réduire le déficit budgétaire» – et anticipe un conflit entre le gouvernement et la Réserve fédérale, qui devra bien monter ses taux.

Quant à la non-politique consistant à laisser glisser le dollar pour effacer une partie du déficit commercial, elle ne peut avoir qu'un impact très limité dans la mesure où les importations américaines excèdent les exportations de 52%, rappelle Stephen Roach.

Les bavardages monétaires qui commencent déjà en prévision de la réunion du G7 la semaine prochaine ignorent les aspects fondamentaux du problème, estiment les participants. Les pressions occidentales sur la Chine, en particulier, sont totalement contre-productives, estime Jacob Frenkel: «Le plus important pour les autorités chinoises est de maintenir l'emploi, donc une croissance qui le soutienne. Tout le reste est secondaire pour elles.»

Les Etats-Unis doivent trouver le chemin d'équilibriste pour réduire graduellement leurs déficits et calmer les consommateurs sans provoquer une récession dont les conséquences s'étendraient bien au-delà des frontières. Patron du New York Stock Exchange, John Thain a souligné plus tard en conférence de presse que son pays reste le principal moteur de croissance et que son déficit des comptes courants est en partie le produit de cette situation.

Points positifs pour le Vieux Continent

Quid de l'Europe et de l'Asie, alors? Pour la première, le pessimisme désormais traditionnel des économistes a été percé hier par un rayon de soleil. Selon Laura Tyson, il y a deux raisons de penser que la situation pourrait s'améliorer. Premièrement, un début de souplesse est apparu sur le marché du travail, notamment en Allemagne, sous la pression combinée de l'euro renforcé et des nouveaux Etats membres de l'UE. «Quantitativement, ce n'est pas grand-chose, mais c'est le changement d'état d'esprit que cela indique qui compte», dit l'économiste britannique.

Deuxième point positif: l'investissement dans les technologies de l'information a augmenté en Europe récemment, ce qui pourrait entraîner un gain de productivité similaire à celui qu'ont connu les Etats-Unis. Cela dépendra aussi de la nouvelle directive européenne sur l'ouverture du marché des services attendue cette année. «Ce secteur recèle un bon potentiel en termes de productivité. Il faudra voir si la directive va assez loin et assez vite», dit Laura Tyson, qui y voit un «élément clé à moyen terme».

En Asie, le Japon a bien réussi à maîtriser ses risques systémiques mais ne devrait pas croître à plus de 1,5 – 2% cette année, estime Takatoshi Ito, professeur à la Graduate School of Economics and Public Policy de l'Université de Tokyo. Ce ne sera pas suffisant pour éradiquer complètement la déflation que connaît le pays depuis dix ans.

De façon assez surprenante, tous les intervenants se sont montrés optimistes sur la Chine sans vraiment élaborer les raisons qui les amènent à juger minimes les risques sociaux, bancaires et monétaires qui pèsent sur le géant asiatique. Le même sentiment positif règne à propos du Brésil, de l'Argentine, de la Turquie, la Russie et le Mexique. «Qui aurait cru il y a quelques années que ces pays émergents changeraient à ce point?» s'est exclamé Martin Wolf, évoquant un «changement de paradigme» à propos du Mexique…

Un discours que l'on a déjà entendu souvent à Davos. «Il y a deux types d'investisseurs, rappelle pour sa part Jacob Frenkel: ceux qui ont la mémoire courte et ceux qui n'ont pas de mémoire du tout.» Mais, s'agissant des pays cités ci-dessus, il pense que l'amnésie n'est pas la seule raison de l'optimisme: «Le rôle de la géographie diminue dans les décisions d'investissement, l'examen des politiques nationales s'est amélioré.»