Au lendemain de la réunion des ministres des Finances du G8 à Potsdam à la fin de la semaine dernière, trois organisations financières internationales de référence ont fait connaître leurs inquiétudes concernant la gestion alternative. L'OCDE, le Forum de la stabilité financière (FSF) et la Banque des règlements internationaux (BRI) appellent à un renforcement des contrôles sur cette activité mais sans préconiser l'instauration d'une réglementation supranationale.

Installé aux premières loges pour jauger de la contribution des fonds alternatifs à l'efficience des marchés, le FSF leur jette un regard sévère. «Il y a eu récemment des signes d'érosion des protections contre les risques de contrepartie. Ils accompagnent d'autres signes de complaisance dans les marchés financiers. Cela accroît l'importance de renforcer la discipline de marché», constate l'organisation dans un complément à son rapport de l'an 2000 sur l'industrie financière.

Les manques constatés par cette institution, qui regroupe des représentants des autorités de surveillance et des banques centrales des principales puissances financières (dont la Suisse), sont de deux ordres. Le premier concerne les hedge funds eux-mêmes, accusés de ne pas en faire toujours assez dans la maîtrise de leurs risques. Le second concerne les autorités de surveillance. Celles-ci n'appliquent pas suffisamment leur mandat faute de disposer de toutes les données nécessaires à l'évaluation des risques.

C'est ainsi que le FSF appelle les uns et les autres à mieux collaborer. Les premiers sont priés de «réviser et améliorer les références de bonnes pratiques» dans le cadre que leur soumettront les autorités de surveillance.

Tests insuffisants

Celles-ci se voient conférer le plus gros du travail. Elles doivent accroître leur collaboration sur la base d'un échange accru d'informations, les données de base étant souvent réparties entre plusieurs marchés. Or, comme chaque autorité applique des normes différentes, les comparaisons sont rendues difficiles, voire impossibles. Les autorités sont donc invitées à «développer des données systématisées et complètes» sur les activités consolidées des hedge funds soumis à leur surveillance, afin «d'obtenir des évaluations de la valeur et des risques de portefeuilles adéquates et actualisées».

Les inquiétudes du FSF se mesurent à l'échelle des estimations de l'impact des fonds alternatifs sur les marchés faites par l'OCDE: les actifs sous gestion s'élèvent à 1,4 milliard de dollars alors que leur valeur notionnelle - le risque maximal - est plus de trois fois plus élevée avec près de 5 milliards de dollars.

Ces montants restent encore relativement faibles par rapport à l'explosion des swaps de crédit, les CDS (credit-debt swaps), dont la valeur de portefeuille a été multipliée par six ces deux dernières années pour approcher 30000 milliards de dollars, selon les chiffres de la BRI (voir le graphique joint). Comme le notent les organisations, ce ne sont pas les montants eux-mêmes qui sont les principaux facteurs de dangers, mais les risques de liquidité. C'est ces derniers qui restent insuffisamment testés en situation de crise.