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Robert Shiller a identifié une nouvelle bulle financière

Le Prix Nobel avait prédit le krach des valeurs liées au Web, et celui lié à l’immobilier. L’économiste américain pointe aujourd’hui le marché des actions

Le Nobel Robert Shiller a identifié une nouvelle bulle financière

Bourse Les taux zéro créent des excès, critique l’économiste américain

> Le marché actions n’est pas le seul visé, l’immobilier inquiète aussi le professeur

Inquiet Robert Shiller? Le Prix Nobel d’économie 2013 était jeudi l’invité vedette de la quatrième journée de la conférence de Credit Suisse sur l’investissement en Asie, à Hongkong. «En 2000, il y a eu ce que j’ai nommé la bulle du millénaire», a rappelé l’Américain, qui venait alors de sortir la première édition de son best-seller Exubérance irrationnelle, juste avant que ce que l’on appelle désormais la bulle Internet n’éclate. En 2005, la deuxième édition évoquait le «boom de la propriété»; deux ans plus tard éclatait la pire crise financière depuis celle de 1929. Hier, évoquant la troisième édition de son livre, sortie fin janvier, Robert Shiller appelle le dernier excès des marchés financiers, le «boom de la nouvelle normalité». Explications.

Devant une audience captivée, faite notamment de banquiers reconnaissant avoir péché par optimisme par le passé, le professeur de Yale a sorti un graphique montrant que le prix des actions aux Etats-Unis, corrigé de l’inflation, grimpait en flèche. Les plus hauts de 2007 sont dépassés. Le marché des actions n’est pas le seul concerné par cette nouvelle bulle. L’indice mondial du prix de l’immobilier, calculé par le Fonds monétaire international, a pratiquement retrouvé son niveau d’avant la dernière crise financière, a-t-il fait remarquer. Avec des régions ou des villes plus en danger que d’autres, comme Hong­kong et Vancouver; il n’a rien dit de la Suisse.

Au cours de son exposé intitulé «L’art d’investir, le cœur devrait-il commander le cerveau?», Robert Shiller a relevé une série de facteurs caractérisant cette «nouvelle normalité». L’optimisme s’est d’abord nourri de la «peur de la dépression que redoutaient nombre de premiers ministres, mais qui ne s’est pas produite». Ensuite, les politiques monétaires «extrêmement accommodantes» sur presque toute la planète ont alimenté la machine à investir. Il a aussi pointé «l’anxiété» qui gagne le monde du travail. «Ces cinq dernières années, les nouvelles technologies de l’information se sont développées comme jamais, fragilisant les perspectives professionnelles de quantité de personnes», a-t-il observé. Conséquence: elles consomment moins et épargnent davantage, une épargne qui file en bourse ou dans l’immobilier.

Pour le héraut de la finance comportementale, les émotions prennent de nouveau le pas sur la raison, contredisant la théorie dite des marchés efficients, donc rationnels et imbattables, défendue par Eugène Fama. «Je partage le Prix Nobel avec lui. Pourtant, son travail essaie de démontrer que tout ce que je dis est faux!» a plaisanté Robert Shiller, qui a souligné qu’on ne peut se fier aux seuls modèles quantitatifs pour investir. «D’ailleurs, le fonds que conseille Eugene affiche une remarquable performance, preuve que l’on peut battre le marché!» s’est-il ­exclamé.

Personnellement, Robert Shiller diversifie ses investissements, que «je décide avec ma femme», une psychologue. «Nous avons des actions du monde entier, des obligations, de l’immobilier et des matières premières», a-t-il détaillé.

Interrogé sur la remontée attendue des taux d’intérêt aux Etats-Unis, le professeur en a relativisé les conséquences: «Ce ne sera que de quelque 0,15 point de pourcentage, et je doute que cela intervienne vite.» Enfin, montrant un graphique allant de 1857 à 2014, Robert Shiller a observé que le marché obligataire «n’a jamais connu de krach sérieux».

«Je partage le Nobel avec Eugene Fama. Mais il essaie de démontrer que tout ce que je dis est faux!»

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