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Roberto Azevêdo, directeur de l'Organisation mondiale du commerce, à Genève en novembre 2017.
© DENIS BALIBOUSE/REUTERS

Commerce 

Roberto Azevêdo: «Beaucoup de gens ne comprennent pas ce que fait l'OMC»

L'Organisation mondiale du commerce traverse une période critique: les Etats-Unis bloquent plusieurs dossiers, les négociations sur d'autres sont en panne, le spectre d'une guerre commerciale guette. Roberto Azevêdo, son directeur, se veut rassurant

Le Brésilien Roberto Azevêdo, qui a entamé son deuxième mandat à la tête de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en septembre dernier tient à dissiper l’idée selon laquelle l’institution tourne en rond et que le système commercial multilatéral se meurt. Dans une interview au Temps, il reconnaît toutefois que le chemin est pavé d’embûches. «Si on ne fait rien, le système sera vraiment paralysé», avertit-il.

Le Temps: On a l’impression que la conférence ministérielle à Buenos Aires en décembre était un échec, que le Cycle de Doha est enterré, que l’OMC est paralysée, notamment à cause des Etats-Unis.

Roberto Azevêdo: C’est faux. A Buenos Aires, les ministres ont pris l’engagement de trouver un accord d’ici à l’an prochain pour mettre fin aux subventions à la pêche. C’est un dossier capital qui nous permettra d’atteindre les objectifs de développement durable. Ils ont aussi décidé de poursuivre le dialogue sur de nombreux sujets qui émanent de la Déclaration de Doha, comme les subventions agricoles ou la sécurité alimentaire. De nouveaux sujets sont aussi sur la table: le commerce électronique, la facilitation des investissements, les petites et moyennes entreprises. Nous sommes donc très occupés, mais il est vrai qu’il y a aussi de nombreux défis à relever.

Quel est votre état d’esprit alors?

Nous nous réjouissons du travail qu’il reste à abattre. Ce n’est pas amusant si la tâche est facile. Nous avons besoin de défis. Mais il faut aussi comprendre qu’il n’est pas possible de parvenir à des accords importants tous les ans, comme celui sur la facilitation du commerce. Cet accord, signé en 2013, a libéré un potentiel d’échanges à hauteur de 1000 milliards de dollars par an.

Il y a néanmoins un problème: les Etats-Unis et leur rapport avec l’OMC

Personne ne peut prendre le système comme un fait accompli. Il a généré beaucoup de résultats pour le bien-être de la communauté internationale. Beaucoup de personnes ne comprennent pas ce que nous faisons à l’OMC. Lorsque la crise a frappé, il y a eu des craintes à propos des mesures protectionnistes qui mèneraient à une grande dépression. Le système a joué son rôle de protecteur.

Lire aussi: OMC: Azevêdo veut une «flexibilité» américaine à la ministérielle

Ma question portait sur les Etats-Unis…

Ils reconnaissent la valeur de l’organisation, mais ils demandent qu’elle soit réformée pour répondre aux défis actuels. Le système n’est toutefois pas équipé pour agir vite. Les Américains veulent en discuter et ils ne sont pas les seuls. Ils souhaitent qu’on les écoute. En réalité, les débats sont en cours.

Où? A l’intérieur ou à l’extérieur de l’OMC?

Bien sûr à l’intérieur. Nous avons plusieurs plateformes de discussion. Mon rôle est de faciliter ces échanges entre membres et de parvenir à un consensus. Le temps presse. Le monde change plus vite que le système.

Qu’en est-il de l’organe d’appel du système de règlement des différends (ndrl: qui règle les conflits commerciaux en dernière instance entre Etats)? N’est-il pas toujours paralysé?

A présent, les membres débattent sur les éventuelles solutions pour une sortie de crise. Je ne peux pas dire si une solution est en vue. Il est déjà très tard. Si on ne fait rien, le système sera vraiment paralysé.

Et aussi: OMC: l’autogoal américain

Trouvez-vous normal que l’administration Trump n’ait toujours pas nommé un ambassadeur à l’OMC?

Ils ont leur propre système de nominations qui, on le sait, n’est pas très rapide. Mais il y a à Genève un chargé de mission avec qui nous travaillons normalement. Je dois vous dire que les Etats-Unis ne sont pas le seul pays qui n'a pas, actuellement, d’ambassadeur auprès de l’OMC. La transition dans certains pays est plus longue que dans d’autres.

Votre prédécesseur, Pascal Lamy, vient d’affirmer que l’OMC devrait, entre autres, songer à exister sans les Etats-Unis. Qu’en pensez-vous?

Je n’ai rien qui indique la perspective d’un tel scénario. Mon point de vue est que nous devons travailler avec tout le monde.

Que pensez-vous de la récente déclaration du président américain, qui disait que l’adhésion de la Chine et de la Russie à l’OMC était une erreur?

Je réponds que la légitimité de l’OMC est plus grande lorsque les grandes économies comme la Chine et la Russie en font partie. Je crois que la déclaration du président Trump était liée à la procédure d’accession. Pour ma part, tous les Etats doivent être membres, avec leurs droits et leurs obligations.

Percevez-vous un risque de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine?

Non, il n’y a pas de guerre, en tout cas pas encore. Je ne peux pas, à ce stade, prévoir s’il y en aura une. En revanche, une guerre commerciale entre ces deux puissances serait catastrophique. Il n’y aura que des perdants.

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