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Roberto Azevedo s’exprime devant l’Association des correspondants auprès des Nations unies (Acanu) à Genève: «Le scénario du pire, pour l’économie mondiale, c’est un monde sans règle, c’est la loi de la jungle.»
© Martial Trezzini/KEYSTONE

Guerre commerciale

Roberto Azevedo: «La loi du talion sera très dommageable au commerce mondial»

Directeur général de l’Organisation mondiale du commerce, le Brésilien refuse de pointer du doigt un Etat. Mais alors que Jean-Claude Juncker rencontrait Donald Trump mercredi à Washington, il met en garde contre le scénario du pire: l’avènement de la loi de la jungle

A l’heure où le président de la Commission européenne rencontrait mercredi Donald Trump à la Maison-Blanche pour tenter d’éviter une escalade dans la guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Europe qui menace de saper le commerce mondial, Roberto Azevedo appelle au calme: «Cette dynamique de la loi du talion est peut-être perçue par certains comme quelque chose de normal. Cela ne doit pas être le cas. Ce serait très dommageable pour l’économie mondiale.»

Parlant devant l’Association des correspondants auprès des Nations unies (Acanu) à Genève, le directeur de l’Organisation mondiale du commerce a relevé que si l’escalade se poursuivait, l’impact sur le commerce serait considérable. Dans un contexte international très tendu, le patron de l’OMC met en garde, mais se refuse à pointer du doigt l’un des 164 Etats membres de l’organisation: «Les Etats doivent commencer à s’écouter. Il ne suffit pas de menacer les autres. C’est la seule manière de se sortir de cette crise.»

Menace de l’UE

Hier dans la journée pourtant, le ton est encore monté d’un cran. La commissaire européenne au Commerce, Cecilia Malmström, a menacé, au nom de l’UE, d’imposer des taxes douanières sur des produits américains pour une valeur équivalant à 20 milliards de dollars. Seraient visés les produits industriels, agricoles et de haute technologie. Motif du courroux de Bruxelles: le président américain serait prêt à imposer des taxes douanières de 20% aux automobiles et pièces détachées européennes.

C’est précisément dans cette optique que Jean-Claude Juncker s’est rendu à Washington avec l’espoir de dissuader Donald Trump d’appliquer des mesures qui toucheraient un secteur phare de l’UE. Il espérait proposer aux grands constructeurs automobiles, y compris japonais et sud-coréens, de négocier un accord multilatéral visant à réduire la taxe douanière dans ce secteur à zéro.

Le scénario du pire, pour l’économie mondiale, c’est un monde sans règle, c’est la loi de la jungle

Roberto Azevedo, directeur général de l'OMC

Si un espoir s’est fait jour la semaine dernière au sommet Chine-Union européenne au cours duquel Pékin s’est dit prêt à coopérer pour réformer l’OMC, cette dernière n’en demeure pas moins fortement fragilisée. Roberto Azevedo reconnaît que l’OMC doit évoluer avec son temps. Mais il avertit: «Le scénario du pire, pour l’économie mondiale, c’est un monde sans règle, c’est la loi de la jungle. Je peux vous garantir que cela aura un impact considérable sur les investissements et sur l’économie. Et plusieurs mesures déjà prises vont produire des effets qui ne sont pas encore visibles, comme le recul du pouvoir d’achat.»

A ses yeux, ce sont les pays en voie de développement et les plus pauvres, eux aussi complètement connectés à l’économie mondiale, qui seront les plus durement touchés. «Or, rappelle-t-il, deux tiers du commerce mondial concernent des produits qui sont fabriqués dans au moins deux pays à la fois.»

Nombre de plaintes record

Le patron de l’OMC n’entend pas dicter aux membres de l’organisation la marche à suivre pour éviter une guerre commerciale. C’est à eux de prendre la mesure de l’urgence. Face aux Etats-Unis, il ne commente pas, mais il précise tout de même qu’il n’est pas «sage d’ignorer» les coups de boutoir de Washington. Le Brésilien a par ailleurs soulevé un paradoxe.

D’un côté, les Etats-Unis bloquent la nomination de plusieurs des sept juges censés composer l’organe d’appel au risque de saper l’OMC. De l’autre, ils sont parmi les pays qui ont déposé le plus de plaintes ces derniers temps. Roberto Azevedo confirme: «Si on continue à cette vitesse, nous enregistrerons cette année un nouveau record de plaintes auprès de l’OMC. C’est paradoxalement la preuve que le système continue de fonctionner.»


12 milliards pour les agriculteurs américains touchés par les représailles

L’administration Trump a annoncé mardi qu’elle allait accorder une aide financière substantielle aux agriculteurs affectés par les représailles aux tarifs douaniers.
Le secrétaire américain à l’Agriculture, Sonny Perdue, a indiqué que 12 milliards de dollars d’aide seraient accordés aux agriculteurs mis en difficulté par «les représailles tarifaires illégales».

Ces versements sont notamment destinés aux producteurs de soja, de porc, de fruits, de riz et de lait visés par les taxes douanières imposées par les partenaires commerciaux des Etats-Unis, en représailles aux taxes douanières américaines.
Avec cette aide financière, l’administration Trump semble concéder pour la première fois que sa stratégie d’escalade dans les droits de douane non seulement avec la Chine mais encore avec l’Union européenne, le Canada et le Mexique a un effet négatif sur certains producteurs américains.

«Une aide qui fait gagner du temps»

Pour les agriculteurs américains, la perte de revenus que ces taxes font encourir depuis le début du conflit commercial s’est élevée à 11 milliards de dollars, a affirmé le ministre de l’Agriculture, et à 13 milliards, selon la profession agricole qui s’inquiète depuis des mois de l’impact des représailles.
Le plan de soutien de 12 milliards de dollars inclut une assistance directe aux fermiers ainsi qu’un programme d’achat de la production et une aide à promouvoir sa distribution.

Cette initiative «montre que les autres nations ne peuvent malmener nos producteurs agricoles et forcer les Etats-Unis à se soumettre», a déclaré le ministre de l’Agriculture de Donald Trump. «Les autres nations devraient cesser leur mauvais comportement et ne pas appliquer des représailles tarifaires illégales», a ajouté M. Perdue.

Pour l’American Farm Bureau Federation, l’aide fédérale «est une nouvelle positive qui nous fait gagner du temps». «Mais on ne saurait trop insister sur les terribles conséquences auxquelles font face les agriculteurs vu les pertes de marchés à l’export». Depuis le conflit, le prix du soja a perdu 25% pour descendre à son plus bas niveau depuis 2008-2009. n afp

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