Boursicoter sans aucun frais de courtage. La promesse de Robinhood aurait déjà séduit des centaines de milliers d’utilisateurs aux Etats-Unis. Lancée il y a tout juste un an, la start-up ne menace pas encore les géants du secteur, comme E*Trade, Fidelity et Charles Schwab. Mais elle pourrait bien, à terme, remettre en cause les commissions comprises entre 7 et 10 dollars qu’ils prélèvent sur chaque opération.

«Lorsqu’ils ont été créés dans les années 70, les frais de courtage se justifiaient parce qu’il fallait du personnel pour effectuer les transactions. Mais aujourd’hui, elles sont entièrement électroniques. Ce n’est pas plus compliqué que l’envoi d’un e-mail qui est gratuit pour l’utilisateur, explique un responsable de la jeune entreprise basée à Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley. A cause de ces commissions, de nombreuses personnes renoncent à investir en Bourse».

Autre avantage: Robinhood n’impose aucun dépôt minimum quand ses rivaux exigent de transférer entre 500 et 2000 dollars. Selon la start-up, un quart de ses utilisateurs investissent ainsi pour la première fois en Bourse. Ses adeptes sont aussi plus jeunes. Leur moyenne d’âge s’établit à 28 ans, contre 50 ans chez les courtiers traditionnels. «Notre cible est très large: des étudiants qui déposent une centaine de dollars mais aussi des millionnaires», indique l’entreprise.

Ce Robin des bois des temps modernes, qui veut démocratiser les investissements boursiers, prend la forme d’une application mobile. Son fonctionnement a été simplifié au maximum. Quelques minutes suffisent ainsi pour s’inscrire au service. L’identité de l’utilisateur est vérifiée en prenant simplement une photo de son permis de conduire. Le boursicoteur peut alors transférer des fonds vers son compte Robinhood. Si cette opération prend trois jours, il peut cependant immédiatement commencer à acheter des titres: la société avance en effet jusqu’à 1000 dollars.

Imaginé par deux anciens étudiants de la prestigieuse Université Stanford ayant débuté leur carrière à Wall Street, Robinhood surfe sur la vague des FinTech, ces jeunes pousses qui tentent de révolutionner l’industrie financière en utilisant les avancées technologiques. Les investisseurs affluent pour soutenir ces entrepreneurs aux dents longues. La start-up a ainsi levé 66 millions de dollars. Elle a notamment séduit les fonds NEA Ventures et Andreessen Horowitz. Mais aussi Google Ventures, la branche d’investissements du moteur de recherche.

Depuis son lancement en décembre 2014, la société a réalisé pour plus de deux milliards de dollars de transactions. Pour continuer son développement, elle souhaite s’implanter à l’international. L’Australie devrait être sa prochaine destination. Le Canada pourrait suivre. Puis l’Europe. L’entreprise est d’ailleurs en train de recruter un responsable basé à Londres. Ces implantations prennent cependant du temps car elles nécessitent d’obtenir diverses autorisations. «Cela nous a pris près d’un an et demi aux Etats-Unis», explique la start-up.

Pour compenser l’absence de frais courtages, Robinhood mise sur une structure de coûts plus légère que les courtiers traditionnels, qui ont ouvert de nombreuses agences dans tout le pays. Les dépenses marketing sont ciblées, privilégiant les réseaux sociaux aux coûteuses campagnes télévisées. Côté recettes, la start-up réinvestit les sommes qui ne sont pas utilisées par ses membres. Elle va aussi lancer des achats sur marge, un service payant d’emprunt pour financer des achats d’actions.