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Robinhood, l’app qui veut démocratiser la bourse, vaut plus d’un milliard de dollars

L’application, qui n’impose pas de commission sur les transactions boursières, a obligé la concurrence à évoluer

Le club des «licornes» compte un nouveau membre. Après avoir levé au total 176 millions de dollars, Robinhood a rejoint ces entreprises de la Silicon Valley valant plus d’un milliard (1,3 dans le cas de Robinhood). C’est la confirmation de la percée réussie par cette application de la fintech que Le Temps présentait l’an dernier.

Le concept initial de Robinhood consiste à pouvoir investir en bourse sans payer de commission. Avec son interface simple et attractive, l’application s’adresse avant tout aux jeunes générations qui hésitent à risquer leur argent à Wall Street en raison du coût et de la complexité supposée de l’exercice.

Lancée fin 2014, la firme installée à Palo Alto revendique désormais 2 millions de membres qui auraient économisé 500 millions de dollars de commissions en moins de trois ans. Cinquante milliards de dollars auraient transité par l’app, exclusivement disponible sur téléphone portable. Au-delà des investisseurs habituels de la Silicon Valley (New Enterprise, Andreessen Horowitz), le concept de Robinhood séduit des stars comme les acteurs Ashton Kutcher et Jared Leto, le rappeur Snoop Dogg ou le chanteur de RnB John Legend.

La version premium, source de revenus numéro un

Mais la valorisation actuelle doit beaucoup à Robinhood Gold lancé en septembre 2016. Décrit comme l’équivalent d’Amazon Premium par Vladimir Tenev et Baiju Bhatt, les deux fondateurs de l’entreprise, cet abonnement mensuel (de 10 à 200 dollars) donne accès à une ligne de crédit pour investir une demi-heure avant l’ouverture des marchés et deux heures après leur fermeture.

Robinhood Gold répond au besoin d’attirer une clientèle plus sophistiquée, initiée aux règles de Wall Street. Avec une croissance mensuelle de 17%, c’est cette version premium qui génère désormais la plus grosse source de revenus pour la société.

Le succès de Robinhood n’est pas passé inaperçu. L’application est aujourd’hui une référence pour ceux qui cherchent à analyser le rapport de la génération Y à Wall Street, comme lors de l’entrée en bourse très médiatisée de Snapchat en mars dernier. Surtout, l’application a obligé la concurrence à évoluer. E-Trade, Fidelity ou Charles Schwab, qui permettent aussi d’investir en ligne, ont tous dû réviser leur commission à la baisse, annonçant jusqu’à 40% de réduction (le prix par transaction est passé de 7,95 à 4,95 dollars chez Fidelity).

Un modèle intenable sur la durée?

Le business model de Robinhood continue néanmoins de susciter des réserves. Blain Reinkensmeyer, patron de Stockbrokers.com, site qui étudie les courtiers en ligne, constate que l’application ne gagne toujours pas d’argent.

«Ce n’est qu’une question de temps avant qu’ils ajoutent des services autres que le trading ou qu’ils commencent à instaurer des commissions, explique-t-il. Le programme Gold ne peut pas à lui seul assurer assez de revenus pour faire des bénéfices. Heureusement pour Robinhood, le soutien de capital-risqueurs lui donne de la marge pour trouver une solution.»

Pour baisser ses coûts, Robinhood ne produit pas d’études des marchés. Or, «des choix d’investissements intelligents passent par l’accès à des outils de recherche de qualité, pas par des transactions peu chères», affirme Blain Reinkensmeyer. «Aux Etats-Unis, plus de 99% des investisseurs dans le commerce font appel à un courtier en ligne qui facture au moins 4,95 dollars par transaction. Je crois que c’est parce que l’investisseur américain moyen est suffisamment intelligent pour savoir que la valeur d’une opération n’est pas déterminée uniquement par le coût de la transaction», conclut-il.

Et jusqu’ici l’expansion internationale de Robinhood, une ambition annoncée très tôt dans le projet, est au point mort. La firme attend toujours l’autorisation de se lancer en Australie et l’accord trouvé en Chine avec Baidu a finalement été rejeté par les autorités.

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