Szymon Kostrzewski saisit dans un coin de son bureau une colonne vertébrale en plastique. Il prend un long tube métallique et explique comment, avec cette perceuse médicale, souder deux vertèbres cervicales. «Grâce à cet instrument, intégré dans un robot, il est possible de poser des implants au niveau spinal. Deux vertèbres peuvent être stabilisées avec la plus grande précision ­possible», affirme le jeune ingénieur qui a créé la start-up KB Medica l.

«Placer une vis de 4 millimètres de diamètre dans un os qui mesure en moyenne 6 millimètres de large avec d’un côté des artères cérébrales et de l’autre la moelle épinière est une opération extrêmement délicate», souligne Szymon Kostrzewski. Le robot qu’il a mis au point avec Philippe Bérard, Charles Baur, responsable du groupe VRAI (Virtual Reality and Active Interfaces) de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), et Reymond Clavel, professeur au Laboratoire de systèmes robotiques, a démontré une précision à 0,5 millimètre près.

Le projet a démarré en 2007. John Duff, neurochirurgien au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), a contacté le groupe VRAI afin de développer un outil permettant la pose d’implants au niveau spinal. Actuellement, ces opérations s’avèrent en effet très risquées.

Le système qui a été développé s’appuie sur des images de tomographie réalisées préalablement. La perceuse médicale est insérée dans un guide tenu par un robot mécanique couplé à une caméra de tracking optique qui suit en temps réel sa trajectoire. Le robot repose aussi sur un algorithme capable de reconnaître la position exacte du patient. Même le léger déplacement d’une vertèbre lié à la vibration du percement est automatiquement compensé par le robot.

Sélectionné par Venture Leaders, KB Medical a finalisé la preuve de concept. Quelques modifications et des tests supplémentaires doivent encore être effectués. «Ce type de robot guidé par de l’imagerie constitue l’avenir de la chirurgie», affirme John Duff.

Désormais, KB Medical doit franchir l’étape de certification afin d’obtenir le marquage CE. «Nous avons créé une start-up pour passer d’un prototype à un produit», explique Szymon Kostrzewski.

D’ici à la fin de l’année prochaine, la jeune pousse espère ­démarrer les essais cliniques, ­menés par le neurochirurgien John Duff du CHUV. Environ 120 opérations de ce type sont effectuées chaque année à l’hôpital vaudois. L’ingénieur Szymon Kostrzewski parle de marché très important sans toutefois dévoiler ses ­prévisions de ventes. «Nous ne posons pas seulement des vis dans les cervicales mais dans la colonne tout entière. Environ 400 000 interventions de ce type dans la colonne vertébrale sont pratiquées chaque année en ­Europe», explique-t-il. En attendant, il s’agira d’engager des développeurs et franchir l’étape cruciale de certification. D’autres applications sont d’ores et déjà prévues pour ce système robotique. «Dans un premier temps, nous visons la chirurgie spinale. Puis, nous pensons nous adresser aux services d’otorhinolaryn­gologie et de chirurgie maxillo-faciale», prévoit déjà Szymon Kostrzewski.

«Ce type de robot guidé par de l’imagerie constitue l’avenirde la chirurgie»