Le robot, en démonstration ce mardi matin dans la cour intérieure d’un bâtiment de La Poste à Berne, ressemble à une grosse tondeuse automatique. Equipé d’un GPS, de neuf caméras et de quatre détecteurs d’obstacles, il a dans son ventre une grosse batterie rechargeable, mais surtout un coffre de rangement permettant d’accueillir 10 kg de marchandises.

«Attention, ce n’est pas un jouet, c’est du sérieux», avertit Dieter Bambauer, responsable de PostLogistics, département de La Poste qui réalise un chiffre d’affaires annuel de 1,55 milliard de francs sur un total de 8,24 milliards, notamment dans la distribution de 115 millions de colis par an. «Nous voyons des utilisations possibles de robots autonomes dans la livraison de produits alimentaires et la distribution rapide de médicaments», explique-t-il.

C’est aussi l’avis de Jürg Gasser, directeur de MediService, société du groupe Galenica spécialisée notamment dans la distribution par la poste de médicaments sur ordonnance destinés à des malades chroniques. «Nous acheminons déjà entre 200 000 et 250 000 colis de ce type par an aux patients. Je suis persuadé que la distribution par robot pourra compléter l’offre dans des cas thérapeutiques spécifiques, ne serait-ce que pour répondre à la pression exercée sur les coûts de la santé», explique-t-il. MediService travaille depuis 1997 avec La Poste et songe à utiliser des robots à partir de 2020.

Marché à créer

Pour l’instant, le marché semble limité, mais La Poste, qui teste également un mode de livraison par drone, se positionne déjà afin d’occuper la place des livraisons robotisées avant ses concurrents. Le géant jaune dispose d’une autorisation de l’Office fédéral des routes pour tester trois robots à Berne et dans deux communes suburbaines, Köniz, près de Berne, et Biberist, dans le canton de Soleure.

Dieter Bambauer rappelle que des prestataires externes à la branche de la logistique, comme Amazon ou Google, se lancent dans la distribution sans avoir l’obligation de rentabiliser ce service inclus dans le prix de base de leurs produits. La robotisation peut donc être une réponse adéquate à la pression sur les coûts.

Les concepteurs du robot, Ahti Heinla et Janus Friis, cofondateurs de Skype, ont créé en 2014 en Estonie la start-up Starship Technologies, qui emploie aujourd’hui une cinquantaine de personnes. Ils estiment qu’une livraison automatisée coûte moins d’un franc, soit cinq à quinze fois moins cher qu’un système traditionnel par camionnette. La seule concurrence actuelle pourrait être, en ville, le système d’acheminement par vélo.

Autonomie surveillée

Le robot, dont le prix n’est pas communiqué, est muni d’une technologie moins performante que celle des voitures autonomes. Il fonctionne mal lorsque la rue est encombrée car il s’arrête devant chaque obstacle (piéton, cycliste, etc.), avant de tenter de le contourner. Il est néanmoins capable, avec ses six roues, de franchir un trottoir et de traverser la route sur un passage piéton. Mais pas de monter un escalier. Son utilisation est donc prévue plutôt dans les banlieues relativement peu fréquentées et équipées de larges trottoirs.

Concrètement, le véhicule est programmé pour effectuer un trajet et le client, muni d’une application ad hoc, reçoit un message sur son smartphone lorsque le robot arrive au pied de son immeuble. Il active ensuite un code pour ouvrir le conteneur et prendre la marchandise. Le risque de vol est limité car le robot, muni d’un GPS et de caméras, est toujours localisable. Son autonomie, de 6 km à une vitesse moyenne de 3 km/h, n’est pas totale puisque le concept veut qu’il puisse être surveillé et éventuellement pris en main à distance par un opérateur chargé de contrôler le bon déroulement de plusieurs dizaines de livraisons en même temps.

Ce système est aussi testé à Londres et en Allemagne. La Poste dispose, pour l’instant, d’une sorte d’exclusivité et n’écarte pas l’idée d’entrer dans le capital de Starship Technologies. Dieter Bambauer songe déjà à combiner, dans trois à cinq ans, les livraisons par drone et par robot.