Recyclage

Les robots vont trier nos déchets

A Genève, un nouveau centre de tri des déchets industriels complètement automatisé va être construit. Les machines sont de plus en plus utilisées pour le recyclage

Le petit robot Wall-E, circulant dans des décombres et tentant de recycler et nettoyer les déchets de la planète, est-il une prophétie en voie de se réaliser? Le film de Pixar, sorti en 2008, commence à devenir réalité. Car si la Terre n’a pas été abandonnée de ses habitants, des machines qui s’occupent de récolter, trier et recycler leurs poubelles se multiplient.

Genève s’y met pour ses déchets industriels. Lundi prochain, la première pierre d’un nouveau centre de tri totalement automatisé et robotisé va être posée. D’après ses promoteurs, Sortera – c’est le nom de la future usine qui sera installée à Satigny – représente une première en Suisse et doit pouvoir traiter plus de 70 000 tonnes de déchets industriels et de chantiers venant du canton chaque année. Les travaux commenceront effectivement en juin et le centre devrait fonctionner en mars 2019.

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Bras robotisés

Ce centre sera implanté sur le site actuel de Sogetri à Satigny, qui débarrasse les déchets suisses romands depuis une vingtaine d’années et fait partie du groupe Helvetia Environnement. «La particularité de cette centrale sera de n’être pas simplement automatisée, elle comptera aussi des robots qui ont une capacité d’apprendre à trier les déchets», explique Thierry Vialenc, directeur général. Sans l’aide des machines, le site aurait dû être surdimensionné, poursuit-il.

Les places de travail seront gardées, le tri sera automatisé mais les employés s’occuperont du contrôle qualité et nous prévoyons de créer une dizaine d’emplois, plus qualifiés

Thierry Vialenc, directeur général de Sogetri

Sogetri a jeté son dévolu sur les appareils de ZenRobotics, qui mettent en œuvre un ensemble de capteurs ultraperfectionnés et, grâce à l’intelligence artificielle, commandent les bras robotisés qui trient les déchets. La société finlandaise, qui apparaît comme l’un des pionniers du domaine, a notamment développé des robots qui apprennent leur tâche au fur et à mesure. Les capteurs regroupent des technologies traditionnelles, mais aussi des capteurs de dernière génération tels que des récepteurs haptiques, permettant d’analyser des données comme des humains.

Toujours des humains

Cet équipement d’un nouveau genre se trouve déjà dans des centres de tri en Europe et en Amérique du Nord. Une dizaine au total dans le monde, dont un en Suisse, mais qui ne s’occupe pas de tri des déchets, précise Thierry Vialenc. Il ne donne pas le montant de l’investissement pour l’usine genevoise, mais reste formel sur les emplois: des humains travailleront encore dans la nouvelle centrale. «Les places de travail que compte le site de Sogetri seront gardées, le tri sera automatisé mais les employés s’occuperont du contrôle qualité et nous prévoyons de créer une dizaine d’emplois, plus qualifiés, pour la maintenance et la gestion des automates», poursuit-il, soulignant qu'«on ne peut donc pas dire que les robots détruisent systématiquement les emplois».

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En revanche, «les robots permettront de travailler mieux, plus vite et se chargeront des tâches les plus dures, comme le tri des grosses pièces, qui peuvent peser plusieurs dizaines de kilos», explique le responsable de Sogetri.

La robotisation du tri et du recyclage va continuer, estime-t-il. A l’échelle du groupe Helvetia, il est possible qu’un ou deux autres sites soient aussi complètement automatisés, mais guère plus, car il faut une taille critique pour justifier l’investissement. En outre, certaines tâches ne peuvent pas encore être réalisées sans humain, mais la technologie évoluant, d’autres travaux seront possibles.

Aussi pour l’iPhone…

Dans ce domaine, la technologie évolue d’ailleurs rapidement. ZenRobotics a vu plusieurs concurrents se développer ces dernières années, comme l’américain Waste Robotics, qui équipe également des centres de tri, ou l’espagnol Sadako Technologies. Outre une plus grande efficacité, ces engins permettent aussi de réduire l’exposition des humains à des produits dangereux ou de réaliser des tâches ingrates à leur place.

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Et la robotisation avance aussi à diverses échelles. Loin des déchets industriels de Sogetri, Apple a créé un petit engin, appelé Liam, fruit de trois ans de travail, dont la tâche est de recycler 1,2 million d’iPhone par année et de récolter les composants de haute valeur qui peuvent être réutilisés. Une innovation aussi intéressante que symbolique: la firme californienne a vendu plus de 230 millions d’iPhone rien que l’an dernier. Dans son dernier rapport environnemental, elle affirme cependant avoir récolté 90 millions de livres de déchets électroniques à travers ses programmes de recyclage, soit 70% du poids total des produits vendus sept ans plus tôt.

…et dans les rues

Mais la robotisation arrive également à plus petite échelle, parfois directement devant les consommateurs, comme avec Baryl, le robot qui sillonne certaines gares françaises pour inciter à la récolte et au tri des déchets. Dans certaines villes américaines, les camions poubelles roulent et ramassent les ordures tout seuls.

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