«Nous allons augmenter progressivement la capacité de production de Tamiflu à 33 millions de traitements par mois, soit 400 millions par an», a annoncé, lundi à Bâle, William Burns, responsable de la division pharmaceutique de Roche. Le groupe bâlois, en contact étroit avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et des dizaines de gouvernements, s’est dit prêt à répondre à la forte demande de l’antigrippal depuis six mois.

Ce médicament représente la quatrième meilleure vente de Roche. Il a dégagé un chiffre d’affaires de 609 millions de francs d’avril à fin juin 2009, soit 12,5 fois plus que durant la même période de l’année précédente. Les usines du groupe et dix-neuf sous-traitants, installés dans dix pays, accéléreront la production. Le chiffre d’affaires attendu en 2009 dépasse 2 milliards de francs.

Le groupe bâlois se rappelle ainsi au bon souvenir de la communauté politique et scientifique, au moment où son concurrent Novartis annonce les premiers tests concluants de son vaccin contre le virus H1N1. «Tamiflu est principalement utilisé comme moyen de traitement, mais il a aussi démontré son efficacité à titre prophylactique», rappelle David Reddy, directeur du groupe d’action «pandémie» chez Roche. Mais quels seraient les effets secondaires de la combinaison des deux traitements? «Nous n’effectuons pas d’essais cliniques avec ces deux produits combinés et n’envisageons pas de le faire. De toute manière il s’agit de deux méthodes différentes, et non comparables, de s’attaquer à la grippe H1N1», explique Catherine Steele, adjointe de David Reddy.

Les stocks de Tamiflu constitués dès 2004 pour la prévention de la grippe aviaire (H5N1) sont-ils encore efficaces aujourd’hui contre le virus H1N1?, se sont inquiétés les gouvernements qui avaient passé commande. Roche a rappelé hier que le délai de cinq ans a été récemment porté à sept ans. Le groupe bâlois ne sera donc pas obligé, ce qui aurait été techniquement très difficile, de renouveler en quelques mois tous les stocks déjà livrés.

Répartition inégale

270 millions de traitements ont été fournis à 96 gouvernements. Roche avait déjà livré gratuitement 5 millions de traitements à l’OMS pour lui permettre d’agir rapidement en cas de pandémie de grippe aviaire. Une nouvelle donation de ce type sera prochainement effectuée pour lutter contre le virus H1N1. Ces stocks sont principalement destinés aux pays les plus pauvres. Un quart de la population mondiale est couvert par les réserves d’antiviraux. Mais ce chiffre cache de grandes différences selon les pays. La Grande-Bretagne couvre 80% de sa population, la Suisse un peu plus de 40%. Seuls 36 pays offrent un taux de couverture de 10% ou plus. Roche a adapté ses prix aux pays à faible revenu. Un traitement coûte entre deux et six euros, contre douze précédemment.

Anand Kumar, médecin canadien, met le doigt sur un autre problème: le manque de lits en soins intensifs et d’appareils respiratoires dans de nombreux hôpitaux pour faire face à une brusque augmentation des cas graves.