«Notre portefeuille de produits contre le cancer est le facteur clé expliquant nos excellents résultats. Une nouvelle génération de médicaments, plus ciblés et provoquant moins d'effets secondaires, a permis à Roche de devenir, en quelques années, le leader mondial en oncologie.» Franz Humer fait part d'une très grande satisfaction dans sa lettre aux actionnaires, publiée hier à Londres lors des résultats semestriels.

Le chiffre d'affaires de Roche a progressé de 14%, à 16,6 milliards de francs, au premier semestre 2005. Le bénéfice d'exploitation a augmenté de 21%, à 4,37 milliards. Le bénéfice net, dont la faible croissance s'explique par un gain exceptionnel 2004 non récurrent sur un produit financier, atteint 3,24 milliards (+ 4%).

Le groupe bâlois, inventeur du valium en 1963, a eu la main heureuse, en 1990, en prenant la majorité de la société américaine Genentech. Elle a laissé la bride sur le cou aux chercheurs installés près de San Francisco. Genentech, avec des produits comme Rituxan (cancer des ganglions), Avastin (cancer côlorectal), ou Herceptin (cancer du sein) fait les beaux jours de Roche. La plupart des analystes financiers, surpris par des résultats au-dessus des attentes, augmentent leur objectif de cours. Ils n'ont aucune réticence à reporter une prime de quelque 30% par rapport à la moyenne du secteur. «Elle se justifie par la faible exposition de Roche à l'extinction de brevets et par sa croissance hors pair», note Steve Plag, analyste de CSFB.

Favori du secteur

Les investisseurs partagent cet avis. Le bon de jouissance Roche s'appréciait de 4,11% mercredi à la clôture de la Bourse, ce qui porte à plus de 22% la progression du titre en trois mois. Novartis, qui annonçait la semaine dernière une hausse de 9% de son chiffre d'affaires en monnaie locale au deuxième trimestre, a dû se contenter d'une progression de cours de 1,6% le jour de la publication de ses résultats.

«Roche jouit d'une forte présence sur le marché hospitalier, et en oncologie, ce qui met la société en excellente position pour affronter un marché de la santé de plus en plus disputé», souligne Denise Gugerli-Etter, analyste de la banque Sarasin. Elle fait de Roche son titre favori du secteur, et prévoit en 2007 le passage du cap des 40 milliards de francs de ventes annuelles. Franz Humer a réitéré hier à Londres sa réticence à une grosse acquisition ou fusion, renvoyant aux calendes grecques toute suggestion de mariage avec Novartis. «Roche continuera à se développer plus rapidement que le marché en croissance interne. Le processus de consolidation concerne les entreprises pharmaceutiques les plus faibles.»

Le groupe bâlois, fort de liquidités nettes de 13,6 milliards de francs, est en plein développement. Des projets d'investissements pour 2,5 milliards sont en cours. Une usine s'érige en ville de Bâle, mais les plus gros efforts concernent les sites de Penzberg en Bavière, et de Branchburg, dans le New Jersey (USA). Genentech a également racheté, à son concurrent Biogen Idec, une usine pour l'équivalent de 531 millions de francs.

Les investisseurs ne semblent pas reprocher à Roche sa politique actionnariale. «Nous distribuons 20 à 30% du bénéfice sous forme de dividende, alors que d'autres entreprises dépassent 50%. Nous pouvons ainsi, s'il le faut, affronter les années de vaches maigres sans être obligés de réduire nos dépenses de recherche et développement. Il serait fatal pour une entreprise pharmaceutique de devoir licencier 2000 chercheurs, puis de «réembaucher» deux ans plus tard», déclarait récemment Franz Humer à un magazine économique allemand.