Les affaires du groupe bâlois Roche se portent bien, aidées par un taux de change favorable, mais surtout par de nouveaux médicaments lancés sur le marché de la lutte contre le cancer.

«L'année 2016 a bien commencé. La croissance est solide au premier trimestre», a constaté mardi matin Severin Schwan, patron de l'entreprise pharmaceutique, au cours d'une conférence téléphonique.

Le chiffre d'affaires des premiers trois mois de l'année s'établit à 12,4 milliard de francs, en hausse de 5% en francs suisses et de 4% à taux de change constant. Le renforcement de l'euro face au franc et la stabilité du dollar, comparé au premier trimestre 2015, expliquent ce renversement de tendance.

«C'est la première fois depuis longtemps que Roche est favorisée par l'évolution des taux de change», constate Stefan Schneider, analyste de Vontobel. Roche tient en effet ses comptes en francs suisses, alors que son voisin bâlois Novartis le fait en dollars. «Je m'attends à ce que l'effet de change sur l'ensemble de l'année soit stable au niveau du chiffre d'affaires, et conduise à une variation du bénéfice autour d'un pour cent», souligne Alan Hippe, responsable financier de Roche.

Limiter l'impact de la perte de brevets

Roche est en bonne voie de limiter l'impact de la perte de brevets, grâce à la combinaison, pour le même traitement, d'anciens et de nouveaux médicaments. Le brevet d'Herceptin, contre le cancer du sein, deuxième médicament le mieux vendu du groupe avec un chiffre d'affaires de 1,7 milliard de francs au premier trimestre, arrivera à échéance en 2017.

Mais il est parfois remplacé et souvent associé à un nouveau produit, Perjeta, dont la progression a atteint 33% entre janvier et fin mars 2016. La combinaison des deux médicaments, complétée par une chimiothérapie, est homologuée dans 95 pays pour le traitement en première ligne du type de cancer du sein HER2-positif au stade avancé.

Un autre facteur de progression des anciens médicaments est lié à leur accès facilité dans les pays émergents en raison d'une augmentation du niveau de vie de la population, mais également à cause d'une politique de prix différenciée de Roche.

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Ces médicaments sont vendus nettement moins chers qu'aux Etats-Unis et sensiblement moins chers qu'en Europe. La croissance de Mabthera, contre la leucémie, aussi en fin de protection par un brevet, atteint 14% en Chine au premier trimestre, alors que celle d'Avastin, contre différentes formes de cancer, bondit de 29% en Asie.

50 programmes d'essais cliniques

Roche mène en ce moment 50 programmes d'essais cliniques, deux fois plus qu'il y a trois ans, et développe neuf nouvelles molécules. Le groupe bâlois place beaucoup d'espoir dans un traitement contre la sclérose en plaques, nouveau domaine thérapeutique pour l'entreprise qui emploie 91 700 personnes et dispose d'un budget de recherche et développement de 9,3 milliards de francs.

Ce médicament (ocrelizumab) a obtenu le statut de percée thérapeutique octroyé par l'autorité d'homologation américaine (FDA). «Nous allons soumettre le dossier d'approbation durant ce semestre mais il est trop tôt pour parler de son prix», précise Daniel O'Day, responsable de la division pharmaceutique du groupe.

Roche estime cependant qu'il pourra généralement maintenir des prix élevés grâce à l'efficacité nettement meilleure de ses médicaments comparés à ceux déjà sur le marché.

Le groupe bâlois a tout de même dû avaler une couleuvre il y a un mois. Les essais cliniques en phase terminale d'un médicament contre l'asthme sévère (lebrikizumab), qui aurait pu prendre le relais de Xolair, se sont révélés contradictoires. «Une des études montre des progrès, mais l'autre pas. Nous devons comprendre ce que cela signifie», note Daniel O'Day. Mais la molécule ne sera pas forcément abandonnée car elle pourrait être efficace pour traiter la fibrose pulmonaire ou la maladie des poumons appelée COPD.

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