Roche a reçu vendredi un feu vert important de la Food and Drug Administration américaine (FDA) concernant Tarceva. Ce médicament d'un nouveau type augmente le taux de survie au cancer du poumon, l'une des formes cancéreuses les plus difficiles à traiter. Cette décision marque le renforcement de Roche en oncologie, grâce à son partenaire californien Genentech, dont il détient la majorité du capital, et procure certainement un blockbuster supplémentaire à la multinationale bâloise. Les analystes situent en effet le potentiel des ventes annuelles de Tarceva, en 2009, entre 750 millions et plus de 1 milliard de dollars.

L'approbation, selon une procédure accélérée, tombe cette année encore, alors que le lancement de ce médicament, outre-Atlantique, n'était pas attendu avant 2005. Cette rapidité de décision peut surprendre alors qu'on attendait au contraire de la FDA un excès de prudence au moment où l'agence américaine se trouve sous le feu de la critique pour avoir sous-estimé les effets secondaires de l'antidouleur Vioxx, mais également de cinq autres médicaments, dont la préparation contre l'acné Accutane, commercialisée par Roche.

Les essais cliniques de Tarceva, réalisés sur plus de 730 patients, ont dû être suffisamment convaincants. Ce médicament appartient à une nouvelle génération d'anticancéreux qui bloquent, à l'intérieur des cellules, les mécanismes de prolifération des agents cancéreux. Tarceva, à l'instar de Glivec, un produit de Novartis contre une forme de leucémie, agit sur une enzyme responsable de la multiplication des cellules cancéreuses. Le médicament de Roche est actuellement le seul médicament contre le cancer du poumon en phase avancée qui ne se borne pas à ralentir la progression de la maladie en prolongeant la vie de quelques mois, mais augmente également le taux de survie. Une amélioration de 45% de la survie à un an a été constatée.

Le succès commercial du médicament n'est toutefois pas garanti car, conformément à sa politique, Roche place la barre des prix très haut, c'est-à-dire à 2026 dollars par mois de traitement, contre 1800 dollars pour Iressa, le seul médicament de ce type déjà sur le marché, qui a par ailleurs permis à Tom McKillop, patron de l'entreprise britannique AstraZeneca de recevoir le Prix Galien en octobre à Zoug.

La bataille commerciale et scientifique a commencé puisque AstraZeneca a promis la diffusion, l'an prochain, de données sur de nouveaux essais cliniques permettant de déterminer l'effet de son médicament sur le taux de survie. Le développement d'Iressa, sur le marché depuis un an avec des ventes de 309 millions de dollars durant les trois premiers trimestres 2004, lance de nouveaux défis à la science, qui tâtonne encore dans la recherche de médicaments adaptés aux légères différences génétiques. Iressa a en effet, de manière inexpliquée, un taux de réponse très nettement supérieur parmi les femmes, les non-fumeurs et les Asiatiques.

Encore des progrès à faire

Le cancer du poumon, avec ceux du pancréas ou du foie, est parmi les plus dangereux. Il offre, en l'état actuel de la médecine, moins de 15% de chances de survie à cinq ans. Parmi la population féminine, son taux de mortalité a dépassé, dès 1988, celui dû au cancer du sein. 41 000 personnes sont actuellement en traitement aux Etats-Unis pour un cancer du poumon à l'état avancé, alors qu'une personne décède toutes les 30 secondes dans le monde de cette forme de maladie. L'oncologie, qui représente un marché pharmaceutique de 16 milliards de dollars par an, dont Roche détient près de 3%, a encore de gros progrès à faire puisque les décès dus au cancer n'ont diminué que de 1,1% entre 1991 et 2001.