Le groupe pharmaceutique bâlois Roche et la société de biotechnologie islandaise Decode Genetics ont annoncé mardi un projet de nouvelle alliance dans le domaine des diagnostics basés sur l'ADN. C'est Roche Diagnostics, le leader mondial des diagnostics – et l'unité d'affaires actuellement la plus performante du groupe bâlois – qui s'ouvre ainsi de nouvelles perspectives dans ce secteur encore embryonnaire mais prometteur. «Les deux sociétés mettront à profit une série intégrée de produits et services diagnostiques inédits destinés d'une part à dépister des maladies répandues et, de l'autre, à identifier les prédispositions individuelles. L'objectif ultime étant d'élaborer des schémas thérapeutiques et préventifs plus efficaces», explique le groupe bâlois dans un communiqué diffusé mardi.

Cette alliance exclusive entre les deux groupes – dont la durée a été fixée à cinq ans – fait suite à une première collaboration entamée en 1998 entre Decode Genetics et la division pharmaceutique de Roche dans le cadre d'un contrat estimé à quelque 200 millions de dollars et qui visait à développer le suivi des facteurs génétiques d'une douzaine de maladies. Or la division pharmaceutique de Roche n'a guère le vent en poupe ces temps-ci, en raison principalement de son manque de nouveaux produits. Lacune qui se fait sentir de manière aiguë depuis l'expiration des brevets sur le Dormicum/Versed (anesthésie) et le Ticlid (accidents vasculaires cérébraux) aux Etats-Unis. Que le nouveau projet d'alliance avec Decode concerne la division Diagnostics de Roche ne semble donc rien devoir au hasard. «Ce nouveau contrat porte sur un champ beaucoup plus large et se concentrera d'abord sur quatre types de maladies: les inflammations, le diabète, les maladies cardio-vasculaires et le cancer», précise Katja Prowald, porte-parole de Roche. Et de préciser que «le montant impliqué est cette fois-ci inférieur au précédent», sans en dire plus.

«Une exclusivité qui vaut

de l'or pour Roche»

«Le fait que Roche passe à nouveau à la caisse en dit long sur l'avancée des travaux de Decode», selon Fanz A. Hossli, ancien responsable produit et pays du groupe bâlois, aujourd'hui analyste financier auprès de la Banque Sarasin. «C'est très bon signe pour Decode dans la mesure où les petits ont davantage de chances de tirer leur épingle du jeu de tels partenariats. Et le spécialiste d'ajouter: «Cette exclusivité vaut de l'or aussi pour Roche, mais seulement à très long terme.» Dans le domaine des diagnostics, les premiers produits ne devraient en effet pas sortir avant trois à cinq ans. Cotée sur les bourses américaine et européenne des valeurs technologiques Nasdaq et Easdaq, Decode valait mardi 413 millions de francs de capitalisation. Un des atouts majeurs de Decode – notamment ses compétences en matière de bio-informatique – réside dans son assise islandaise. En raison d'un patrimoine génétique stable et homogène, du moins jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, l'Islande apparaît comme une terre de prédilection pour de telles recherches. Le pays dispose en effet depuis 1915 d'un système de santé centralisé permettant de retracer l'évolution médicale de chaque arbre généalogique. Un système qui avait été mis en place pour conjurer le risque de mariage endogamique (inceste). Et c'est sur la base de ces informations et des échantillons sanguins qui lui sont associés que Decode Genetics constitue ses bases de données.