«Ce n'est qu'un premier pas. Nous avons décidé de mettre au point un test du SRAS largement accessible au public, mais pour l'instant nous mettons sur le marché un test destiné uniquement à la recherche.» Baschi Dürr, porte-parole de Roche, confirme que la multinationale bâloise adaptera son test permettant de détecter le coronavirus à l'origine du syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) qui a touché quelque 8000 personnes et provoqué la mort de plus de 800 personnes dans 29 pays.

Le test scientifique est issu d'une étroite collaboration entre le centre de recherche de Roche à Penzberg, en Allemagne, et d'autres instituts, notamment le Genome Institute à Singapour. Il coûte 19 euros (29,50 francs) mais fonctionne uniquement sur un appareil d'analyses destiné aux chercheurs, selon la méthode d'amplification en chaîne par polymérase (PCR). L'adaptation technique de ce test pour des appareils auxquels a indirectement accès le grand public n'est pas très complexe, mais le frein provient du dossier clinique que devra fournir Roche aux autorités d'homologation, notamment à la Food and Drug Administration (FDA), aux Etats-Unis. Il peut se dérouler jusqu'à dix-huit mois entre le dépôt de la demande et l'obtention du feu vert commercial.

Roche a donc choisi en priorité la voie rapide du test réservé aux chercheurs. La multinationale y est parvenue en huit semaines, ce qui constitue «une réussite impressionnante», selon l'analyste financier de la Banque Pictet. Les investisseurs n'ont guère été impressionnés. Le cours du bon de jouissance Roche a chuté hier de 1,11%, dans un marché en légère baisse. La mise sur le marché de ce test prouve la capacité de Roche à réagir rapidement, et améliore ainsi son image, mais l'enjeu commercial n'a jamais été important, ce qui explique la faible réaction du marché. Au plus fort de l'épidémie, Heino von Prondzynski, chef de la division diagnostics de Roche, l'évaluait à «10 millions de dollars au plus», soit 13,8 millions de francs.

Une autre nouvelle pourrait par contre avoir un certain impact: l'annonce hier, par des scientifiques japonais, du ralentissement du virus du SARS provoqué par un traitement contre le sida. Or, ce médicament, Viracept, inventé par une filiale du géant américain Pfizer, est commercialisé hors Etats-Unis par Roche.

Reste que l'entreprise bâloise ne sera peut-être pas la première à mettre sur le marché un test du SRAS destiné à la population. L'exemple du dépistage du virus du West Nile, provoqué par la piqûre d'un moustique, est probant. Roche avait une longueur d'avance avec le premier test d'expérimentation mis au point en neuf mois, mais a été coiffée au poteau il y a une semaine par PanBio, une start-up australienne encore déficitaire. PanBio, qui emploie moins de 100 personnes, a obtenu le feu vert de la FDA pour le premier test grand public du dépistage de ce virus d'origine africaine, mais qui s'est développé aux Etats-Unis dès 1999 et a provoqué la mort de 284 personnes en 2002.