A la veille de la publication des résultats 2015 des deux principaux groupes pharmaceutiques suisses, les analystes financiers déchantent à propos des perspectives de croissance à court terme de Novartis, dans l'attente, le 27 janvier, d'un programme de restructuration partiel.Par contre, ils ne tarissent pas d'éloges sur le parcours de Roche marqué par son empreinte innovante dans le domaine de l'oncologie. Son bilan financier sera présenté le 28 janvier.

Le défi du renouvellement 
des «blockbuster»

Le défi de Novartis est important. Depuis plusieurs années l'entreprise s'est préparée à devoir compenser la perte de brevet du médicament Diovan contre l'hypertension. Au plus fort des ventes de ce «blockbuster», le chiffre d'affaires annuel a dépassé 6 milliards de dollars (autant en francs). Il s'est effondré aujourd'hui à quelques centaines de millions de dollars.

La relève devrait être assurée par Entresto, contre l'insuffisance cardiaque, dont Novartis espère tirer à moyen terme des recettes de 5 milliards de dollars par an. Approuvé en juillet 2015 par les autorités américaines (FDA) sur la base d'une étude qui a englobé 8000 patients atteints d'insuffisance cardiaque dite à fraction d'éjection réduite, soit une contraction pas assez efficace du muscle cardiaque, ce médicament n'est pas prescrit par les médecins autant qu'attendu.

Seule la moitié du potentiel de chiffre d'affaires espéré est actuellement atteint. L'analyste de Barclays, par exemple, estime qu'en 2017 les ventes atteindront un milliard de dollars au lieu de 1,7 milliard de dollars. Le pic, en 2020, est réduit à 4 milliards de dollars.

Le côté conservateur des médecins, qui préfèrent continuer à prescrire d'anciens médicaments, et la lenteur des procédures administratives de remboursement par les assurances sociales aux Etats-Unis, expliquent cette situation. Novartis devra aussi faire face, le mois prochain outre-Atlantique, à la perte du brevet de Glivec, contre la leucémie, qui génère des ventes annuelles de 4,7 milliards de dollars.

La division ophtalmologique 
de Novartis dans la tourmente

L'autre gros problème de Novartis s'appelle Alcon, du nom de sa division en ophtalmologie qui vend notamment des lentilles de contact. Achetée en 2010 à Nestlé pour 50 milliards de dollars, elle souffre d'un manque flagrant d'innovation et de l'absence d'adaptation au nouveau marché des lentilles jetables. Joe Jimenez, patron de Novartis, devrait annoncer un plan de restructuration de cette division le 27 janvier. Des rumeurs font état d'une possible révocation de son chef, Jeff George.

L'analyste de Barclays note que le problème structurel d'Alcon sera difficile à résoudre rapidement. Il signale quelques portes de sortie possible, parmi lesquelles la vente de l'unité d'affaires des produits d'entretien des lentilles, ou l'intégration d'une partie d'Alcon dans la division pharmaceutique du groupe bâlois qui gère déjà Lucentis, un médicament ophtalmologique contre la dégénérescence maculaire liée à l'âge. Lors d'un entretien accordé au Temps, Jeff George était resté évasif à propos de l'utilité de cette séparation de l'ophtalmologie au sein de Novartis.

Le chiffre d'affaires 2015 de Novartis, qui s'est séparé de ses divisions santé animale, vaccins, et médicaments vendus sans ordonnance, devrait à peine dépasser 50 milliards de dollars contre près de 58 milliards en 2014.

Roche de son côté, porté par le succès de ses médicaments contre le cancer dont il peut faire valoir l'innovation, devrait annoncer une progression des ventes 2015 d'au moins 5% et du bénéfice d'exploitation de quelque 7%. Le groupe vivra sans doute une année 2016 moins mouvementée que Novartis.