Les dirigeants des grandes entreprises pharmaceutiques tentent par tous les moyens d'éviter deux écueils qui peuvent mettre sérieusement en danger leurs sociétés. Le premier, c'est le refus d'homologation d'un médicament par les instances de régulation, dont la plus connue est la Food and Drug Administration (FDA) aux Etats-Unis. Si le médicament est définitivement refusé, la perte sèche, équivalant à la dépense moyenne de recherche et développement par produit, se situe à quelque 800 millions de dollars (1,16 milliard de francs).

Le second danger, prévisible celui-là, c'est la fin de la protection du brevet, qui ouvre le marché aux préparations génériques vendues à un prix nettement plus bas. La multinationale suisse Roche doit désormais faire face à la mise sur le marché, par une entreprise canadienne, d'un générique de Roaccutan, une préparation contre l'acné. La FDA a autorisé vendredi l'entreprise canadienne Genpharm, filiale de l'allemand Merck KGaA, à lancer une préparation similaire. Le médicament, qui n'est plus protégé aux Etats-Unis depuis février 2002, représentait l'an dernier la troisième meilleure vente de Roche, avec 1,16 milliard de francs.

Ce médicament a rétrogradé au quatrième rang à fin septembre et ses ventes devraient baisser de 20% par an en moyenne. En 2006, elles devraient représenter moins de la moitié de celles de 2001, soit 400 millions de francs selon l'analyste de la Banque LODH, voire 645 millions pour celui de la Banque Sarasin, plus optimiste. «Je pense que Roaccutan, financièrement très intéressant pour Roche, dégage une marge de 25 à 30%. L'impact négatif sera donc sensible dès le quatrième trimestre 2002», estime Birgit Kulhoff, analyste de LODH.

Roche devra aussi faire face à l'expiration progressive, jusqu'en 2005, du brevet de l'antibiotique Rocephin, meilleure vente du groupe en 2001, avec 1,69 milliard de francs. Franz Humer, directeur général de Roche, minimise pourtant l'effet du phénomène. Au printemps, le CEO estimait que seulement 17,8% du chiffre d'affaires 2001 de Roche seraient affectés dans les cinq ans alors que des entreprises concurrentes, telles qu'AstraZeneca, Merck, ou GlaxoSmithKline sont nettement plus exposées avec des taux de respectivement 64,8%, 40,7%, et 40,6%. Reste que de nouveaux produits, comme Pegasys (hépatite C), ou Fuzeon (sida), devront rapidement remplacer ceux dont les ventes chutent. L'expiration de brevets détenus par Roche fera passer de 3,7 milliards de francs en l'an 2000 à moins de 1,7 milliard en 2005 les ventes de ces médicaments à risques, selon les analystes de LODH.

Plongeon du volume d'affaires

Dans ce contexte de forte rivalité, les entreprises pharmaceutiques les plus puissantes ne sont donc pas uniquement celles qui possèdent les meilleurs chercheurs, mais aussi celles qui ont engagé les meilleurs avocats. Le numéro un mondial Pfizer l'a prouvé en parvenant récemment à faire breveter non seulement la substance mais également le procédé biologique assurant l'efficacité du Viagra, médicament contre les troubles de l'érection. Du coup la protection du brevet, qui couvre des ventes annuelles de 1,52 milliard de dollars, est prolongée de huit ans, soit jusqu'en 2019.

Le volume d'affaires qui tombera chaque année dans le domaine public à cause de l'expiration de brevets est énorme. Les analystes de la banque d'investissements Friedman, Billings, Ramsey (FBR) l'estiment entre 2,5 (en 2004) et 6 milliards de dollars par an (en 2008), contre quelque 9 milliards en 2002, année exceptionnelle.