Coïncidence? Le jour où son grand voisin et concurrent Novartis présente les récents succès de sa recherche scientifique aux analystes financiers, Roche dévoile les détails d’un volumineux plan de restructuration qui supprime 4800 emplois, soit 6% des effectifs. La mauvaise nouvelle éclipse la bonne dans les milieux financiers. Lors de la conférence téléphonique ad hoc, mercredi après-midi, Severin Schwan, patron de Roche, n’a pas pu faire autrement qu’évoquer cette collision, tout en évitant de prononcer le nom du grand voisin bâlois.

Le programme de restructuration et son nom, «operational excellence», étaient connus depuis début septembre. Les détails communiqués mercredi montrent un plan plus important qu’anticipé. Un deuxième gros chantier s’ouvre à Bâle et aux Etats-Unis, en parallèle à l’intégration de Genentech, filiale américaine du groupe entièrement acquise l’an dernier pour 46,8 milliards de dollars.

Roche, qui a réalisé au premier semestre 2010 un bénéfice de 5,6 milliards de francs (+37%), prévoit des économies de 2,44 milliards à partir de 2012, soit quelque 5% du chiffre d’affaires annuel. 43% de l’effort vise les services commerciaux. Sur un total de 4800 emplois supprimés, Roche biffe plus de 2600 postes de visiteurs médicaux, principalement aux Etats-Unis. Les processus de fabrication seront également touchés, avec la fermeture de plusieurs sites, pour ramener le nombre d’usines à quinze.

Genentech préservée

Après avoir passé en revue toutes les synergies possibles, la direction de Roche est arrivée à la conclusion qu’il fallait préserver au maximum la structure de recherche de Genentech et concentrer les efforts de restructuration sur la maison mère. Bâle conserve deux centres de compétences thérapeutiques (métabolisme et affections du système nerveux central), alors que la Californie abrite quatre pôles, soit l’oncologie, la virologie, l’ophtalmologie, et les traitements anti-inflammatoires.

De nombreuses tâches de base, notamment le traitement de données scientifiques brutes seront délocalisées en Inde. 1500 emplois seront transférés à l’intérieur du groupe ou confiés à des entreprises externes.

La Suisse est directement touchée. La région bernoise perdra le site de Berthoud qui avait vu la fondation de Disetronic, racheté par Roche. 310 emplois liés à la fabrication d’instruments pour diabétiques sont concernés. Roche entend concentrer en Allemagne ses activités liées au diabète. Une grande partie du secteur «diagnostics» sera maintenue en Suisse et même légèrement renforcée après le transfert des activités d’un site autrichien. Globalement, 530 emplois seront supprimés en Suisse, dont 350 à Bâle. Le gouvernement bernois a décidé de «tout mettre en œuvre pour que Roche reconsidère sa position». Le gouvernement cantonal de Bâle-Ville «regrette» mais accepte la décision, en la considérant comme «une adaptation aux nouvelles conditions du marché». Le syndicat Unia exige le renoncement à tout licenciement et la mise en œuvre du plan uniquement grâce aux départs naturels.

Severin Schwan affirme rester confiant quant à l’avenir de l’industrie pharmaceutique et à sa capacité de découvrir des médicaments innovants. «Roche doit cependant réagir de manière proactive pour rester compétitif et conserver son leadership», explique-t-il. La principale raison invoquée pour cette profonde restructuration est la pression sur les prix exercés par les autorités de santé, notamment aux Etats-Unis. Le groupe s’attend à un impact de 500 millions de dollars cette année et à 1 milliard l’an prochain.

Le cours du titre a progressé de 1,33% mercredi à la clôture de la bourse suisse.