Après dix-huit ans de vie commune sur une base très libre, Roche veut désormais prendre le contrôle complet de sa filiale américaine Genentech. Pour y parvenir, le groupe bâlois est prêt à débourser 43,7 milliards de dollars (44,5 milliards de francs), a-t-il annoncé lundi. Jusqu'à présent, Roche détenait un peu moins 56% du capital de la société californienne.

Pourquoi dépenser quatre fois le chiffre d'affaires (11,7 milliards en 2007) d'une société qu'il contrôle déjà? Franz Humer, qui ne porte désormais plus que la casquette de président du conseil d'administration de Roche, avance deux arguments. D'une part, Genentech, champion de la lutte contre les cancers du colon ou du sein, a beaucoup évolué depuis le moment où Roche en a pris, en 1990, une part minoritaire. L'entreprise californienne comptait alors moins de 2000 employés, dont la moitié était des chercheurs. Aujourd'hui, elle ressemble davantage à un groupe pharmaceutique classique: sur ses 11000 collaborateurs, seul un quart est encore actif dans la recherche.

Plus de 750 millions de dollars de synergies par an

D'autre part, les synergies obtenues grâce à l'intégration complète de Genentech au sein de Roche devraient atteindre entre 750 à 850 millions de dollars par an. «L'opération aura un impact positif sur le bénéfice par action dès le premier exercice après sa réalisation», promet Franz Humer.

Pourquoi remettre en question aujourd'hui un mode de collaboration qui a fait ses preuves? «Seule la forme de la collaboration entre Roche et Genentech change. En revanche, les activités de recherche de Genentech continueront d'être conduites de manière indépendante, y compris en ce qui concerne les phases initiales de développement», insiste Franz Humer. Roche espère en revanche renforcer la capacité d'innovation du groupe grâce à une plus grande collaboration des deux entités dans des domaines tels que la propriété intellectuelle et l'utilisation commune de bases de données ou de technologies.

Quant au timing de l'opération, la baisse du dollar et la quasi-stagnation du cours de l'action Genentech depuis près de trois ans ne sont évidemment pas étrangers à cette décision annoncée en même temps que les résultats du premier semestre. «Le scénario d'une reprise complète de Genentech était depuis longtemps à l'étude. Soudainement, les feux ont partout clignoté au vert», explique Erich Hunziker, directeur financier de Roche. Après avoir franchi brièvement la barre des 100 dollars à fin 2005, le titre de Genentech a oscillé ensuite le plus souvent entre 75 et 85 dollars. L'offre de 89 dollars par action Genentech, qui représente une prime de 8,8% par rapport au cours de clôture de vendredi et de 19% sur un mois, a entraîné un bond de près de 13% du titre à 92,50 dollars en milieu de séance lundi à la bourse de New York. Un analyste jugeait d'ailleurs le prix offert par Roche insuffisant.

Le titre sous pression

Le bon de jouissance de Roche a, lui, cédé 4,8% à 171 francs dans un marché pourtant bien orienté. Cette réaction s'explique par deux facteurs. D'une part, les actionnaires minoritaires de Genentech pourraient exiger une prime plus élevée, ce qui obligerait Roche à rallonger la mise. D'autre part, certains redoutent qu'une intégration complètent des deux sociétés finisse par modifier la culture d'entreprise et la capacité d'innovation de Genentech. La formule qui est en grande partie à l'origine du succès de Roche durant la dernière décennie.