Roche se diversifie avec l’acquisition d’InterMune

Pharma Le coût de la transaction, 8,3 milliards de dollars, et le domaine thérapeutique surprennent les observateurs

L’annonce, dimanche soir, de l’acquisition par Roche de la petite société californienne InterMune a surpris les observateurs. Pour deux raisons principales: son prix très élevé, soit 8,3 milliards de dollars (7,5 milliards de francs), pour mettre la main sur un seul médicament pas encore homologué aux Etats-Unis, et le domaine thérapeutique, soit l’immunologie.

Roche, spécialisé en oncologie et qui a des ambitions de forte croissance dans le traitement des maladies neurologiques, avait habitué les observateurs à des déclarations d’intention de réaliser «de petites acquisitions destinées à compléter le portefeuille de produits ou la recherche et développement». Confronté à la question de la coûteuse vague de fusions et acquisitions qui a frappé l’industrie pharmaceutique durant le premier semestre 2014, Severin Schwan, patron du groupe bâlois, affirmait encore, mi-juillet dans Finanz und Wirtschaft, qu’il s’en «tiendrait à la stratégie poursuivie jusqu’ici, c’est-à-dire de petites acquisitions et des partenariats ciblés».

Dans les chiffres rouges

La transaction annoncée dimanche (LT du 25.08.2014), à hauteur de 8,3 milliards de dollars, contredit cette stratégie. La somme est la plus importante payée par le groupe depuis plusieurs années. Cela paraît a priori un prix très élevé pour une entreprise, fondée en 1998 en Californie, qui a d’importantes difficultés à sortir des chiffres rouges. A la fin du premier semestre 2014, ­InterMune a réalisé un chiffre d’affaires de 66 millions de dollars et une perte de 125 millions de dollars. Le lancement en Europe, dès 2011, et au Canada, dès 2012, de son seul produit, Esbriet contre la fibrose pulmonaire, une maladie qui entraîne généralement la mort dans les deux à trois ans, s’est déroulé très lentement, faute de forces commerciales suffisantes. Un revers aux Etats-Unis, en raison d’une demande de dossier complémentaire de la part de la FDA, coûtait également cher à la société.

Depuis 2010, les dirigeants d’InterMune tentaient par tous les moyens de dégager des fonds pour faire avancer le projet Esbriet. Roche connaît la société depuis longtemps. En 2006, elle a conclu avec elle un accord de recherche et développement pour un médicament contre l’hépatite C. Finalement, ne pouvant pas assurer sa part de financement, InterMune a vendu cette molécule (danoprevir) à Roche en 2010 contre 175 millions de dollars, réinvestis dans Esbriet. Roche pense pouvoir homologuer danoprevir en 2017.

Potentiel de «blockbuster»

On savait le groupe Roche prêt à payer cher pour de nouveaux développements en oncologie ou dans les diagnostics. On se souvient qu’en 2012 il était prêt à verser 6,7 milliards de dollars pour acquérir Illumina, une société spécialisée dans le séquençage du génome qui a finalement rejeté l’offre jugée pas assez généreuse.

L’acquisition d’InterMune surprend, mais s’explique certainement par la volonté de Roche de se diversifier et d’occuper une plus grande place dans l’immunologie, notamment pulmonaire, où elle vend déjà un médicament majeur (Xolair), et développe 12 projets de recherche et développement, contre plus de 60 projets en oncologie.

La force de frappe commerciale du groupe bâlois devrait ainsi lui permettre de faire rapidement d’Esbriet un «blockbuster». Après son homologation attendue aux Etats-Unis, ce médicament devrait en effet rapidement atteindre un chiffre d’affaires annuel supérieur à un milliard de dollars. La prime d’achat de 38% pour InterMune devrait donc être assez rapidement amortie.