Roche a présenté jeudi une solide progression de son chiffre d’affaires à neuf mois. Le groupe pharmaceutique bâlois a annoncé une hausse de 6% à taux de change constant (2% en francs suisses), à 35,52 milliards de francs. Ces résultats sont nettement au-dessus du consensus des analystes. «Roche progresse plus vite que le marché dont la croissance est de 4%», constate Michael Nawrath, de la Banque Cantonale de Zurich. «Ces résultats sont solides, mais les biosimilaires ne vont pas tarder à remplacer certains médicaments, dont MabThera», tempère Chi Trand-Brändli, de Safra Sarasin.

Plusieurs brevets détenus par Roche arrivent à échéance entre 2016 et 2018, ce qui signifie une perte de protection des prix en raison de l’ouverture à la concurrence de médicaments génériques. MabThera est actuellement le traitement de Roche le mieux vendu. Cet anticancéreux utilisé pour combattre plusieurs formes de leucémie a réalisé un chiffre d’affaires de 5,2 milliards de francs (+5%) de janvier à fin septembre 2015.

Roche, comme le font la plupart des entreprises pharmaceutiques, a mis en place une stratégie de remplacement par un médicament plus récent protégé par un brevet. Il s’agit de Gazyva, dont la progression est lente selon les observateurs, avec un chiffre d’affaires de seulement 91 millions de francs durant les neuf premiers mois de cette année. Pour accélérer la transition et réduire ainsi le futur impact de la perte de brevet de MabThera, Roche mène actuellement des études cliniques visant à faire approuver Gazyva pour d’autres indications thérapeutiques couvertes par MabThera.

Severin Schwan, patron de Roche, a réitéré jeudi en conférence téléphonique avec des journalistes, sa conviction de voir l’entreprise fortement progresser ces prochaines années grâce à l’innovation apportée par de nombreux médicaments proches de l’homologation. La pression sur les prix, qu’elle vienne de la concurrence des génériques ou des autorités, ne l’inquiète guère. «Roche est vraiment centrée sur l’innovation. Cela permet, explique-t-il, de nous différencier avec des nouveaux médicaments. C’est le meilleur moyen de faire progresser les thérapies, mais aussi de contrer la pression sur les prix car les autorités sont d’accord de payer davantage pour des médicaments plus efficaces.»

Un médicament neurologique

Quel est le médicament qui sera ces prochaines années en tête des ventes du groupe? Les observateurs soulignent l’émergence très probable d’un médicament hors de la principale spécialisation de Roche. Il ne s’agit pas d’un anticancéreux, mais d’un médicament dans le domaine neurologique, nouvelle aire thérapeutique en croissance du groupe avec onze molécules en développement.

«Nous allons déposer un dossier d’homologation pour ocrelizumab durant le premier semestre de l’année prochaine», assure Severin Schwan. Ce médicament contre la sclérose en plaques a révélé, dans une étude clinique de phase III dont les résultats ont été publiés au début du mois, un progrès thérapeutique indéniable comparé au traitement Rebif qui fut le principal pôle de croissance de Serono, devenu Merck Serono. Ocrelizumab retarde de 40% la progression de l’invalidité comparé à Rebif, et de 90% les lésions cérébrales provoquées par la maladie qui reste incurable. Cette nouvelle molécule agit aussi sur une autre forme de la sclérose en plaques, dite primaire progressive, pour laquelle il n’existe aujourd’hui aucun traitement.

«En regard des données cliniques, un potentiel de ventes à terme de 5 à 6 milliards de dollars par an serait atteignable», estime Agathe Bouché Berton, de la banque Bordier. La vente de médicaments liés à cette maladie neurodégénérative représente un marché de 20,4 milliards de dollars (19,8 milliards de francs suisses).