Le géant pharmaceutique bâlois Roche s'attendait, il y a encore deux semaines, à un prix d'émission entre 85 et 95 dollars concernant la mise en Bourse des vingt millions d'actions de sa filiale américaine de biotechnologie Genentech, soit 17% des actions du groupe. Pour rappel, Roche avait exercé son option à fin juin en rachetant les 33% des actions Genentech qu'il ne détenait pas encore, à un prix de 82,50 dollars par action. Mais, coup de théâtre, c'est à 97 dollars par action que l'émission a été lancée mardi à la Bourse de New York. L'opération – «souscrite plusieurs fois» d'après Peter Wullschleger, porte-parole du groupe bâlois – devrait être clôturée le 23 juillet. En dépit de cette bonne nouvelle, le bon Roche a clôturé la séance d'hier en baisse de 1,14% à 16 610 francs.

«Ce qui pourrait ressembler à un second placement de bloc de titres (secondary offering) est de fait comparable à un placement initial (initial public offering)», poursuit le porte-parole en se référant à l'émission. C'est d'ailleurs dans le but de signaler au marché ce placement à caractère «initial», ainsi qu'en reconnaissance du rôle pionnier joué par Genentech dans la production de médicaments fondés sur les techniques de l'ADN recombinant, que la société Genentech (qui gardera son nom par ailleurs) sera désormais cotée à la Bourse de New York sous l'appellation DNA.

Les souscripteurs de l'offre détiennent une option (green-shoe option) leur permettant d'acquérir deux millions d'actions ordinaires supplémentaires pour couvrir les souscriptions supplémentaires. Dans le cas où cette option serait exercée, Roche engrangerait environ 2,1 milliards de dollars et le groupe détiendrait, après finalisation de l'émission, environ 82,7% des actions ordinaires de Genentech. Dans le cas contraire, le groupe bâlois aurait en sa possession 84,3% des actions de sa filiale américaine et dégagerait un produit de 1,9 milliard de dollars.

Plainte collective

Une somme qui viendrait bien à point pour le groupe, contre lequel certaines compagnies clientes ont déposé une plainte collective pour près de 500 millions de dollars (Roche s'était déjà vu infliger une autre amende de 500 millions de dollars également par le Département américain de la justice pour pratiques cartellaires dans le domaine des vitamines, lire Le Temps du 14 juillet 1999). Le verdict concernant la plainte collective devrait être rendu dans les prochaines semaines. Mais pour Hervé de Kergrohen, analyste chez Darier Hentsch & Cie, «ce n'est pas le montant qui importe, mais le besoin de régler ce contentieux rapidement. Car l'incertitude pèse sur le titre Roche.»

Genentech, considéré comme le numéro deux mondial de la biotechnologie en termes de capitalisation boursière derrière l'américain Amgen, s'est spécialisé dans les domaines des maladies cardio-vasculaires, de l'oncologie et de l'endocrinologie. Son excellente performance au premier semestre de cette année (bond de 62% des bénéfices en rythme pro-forma annuel) a été grandement attribuée aux ventes de Herceptin, un médicament contre le cancer du sein, dont les montants ont atteint un niveau record de l'ordre de 46,2 millions de dollars au deuxième trimestre 1999. «Genentech met ses produits sur le marché, explique Peter Wullschleger. Une grosse différence avec les autres compagnies de biotechnologie, qui ne sont actives qu'au niveau de la recherche et du développement.»

Un «deal superbe»

Hervé de Kergrohen met en avant trois facteurs positifs concernant le rachat de Genentech par Roche: il sera possible d'établir la vraie valeur de Genentech sur le marché, jusqu'à présent plafonnée en raison de l'option de rachat de Roche à 82,50 dollars. Ce qui pourrait entraîner une appréciation du titre de Genentech de l'ordre de 20%, voire même davantage.

Ensuite, Genentech, dont le taux d'imposition aux Etats-Unis est de 34%, pourra bénéficier de la taxation à 18% de Roche. Enfin, Roche acquerra les droits de vente aux Etats-Unis du médicament Herceptin, jusqu'à présent limités à l'Europe. «Un deal superbe», conclut Hervé de Kergrohen.

Mardi, à l'ouverture de la Bourse new-yorkaise, le titre Genentech a explosé de 118 à 123,5 dollars, pour se tasser ensuite en raison de prises de

bénéfices.