Agrochimie

Le «roi des rachats» règne officiellement sur Syngenta

L’élection de Ren Jianxin à la présidence de Syngenta a définitivement validé le passage en mains chinoises du groupe bâlois. Le grand patron et bâtisseur de ChemChina poursuit son ascension

Il est au sommet, Ren Jianxin. Difficile d’imaginer comment le tout nouveau président de Syngenta pourrait s’élever encore plus haut dans la hiérarchie mondiale de l’agrochimie. Lundi, lors de l’assemblée générale du groupe bâlois, le grand patron de ChemChina a été officiellement élu à la tête du conseil d’administration par seize actionnaires représentant 95% du capital.

Avec cette dernière étape de l’acquisition de Syngenta par le géant chinois de la chimie, l’homme de 58 ans prend le pouvoir sur un groupe qui s’érige comme l’un des leaders mondiaux des produits phytosanitaires et des semences.

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Mais ce n’est qu’une étape de plus. Des produits chimiques, Ren Jianxin en a côtoyé toute sa vie. Né en 1958 à Lanzhou, au nord-ouest du pays, il grandit pendant la révolution culturelle et, comme de nombreux adolescents, il est envoyé à la campagne. Des années qu’il considère comme très formatrices. Elles lui ont permis de savoir «ce que veulent les fermiers et comment ils travaillent». A partir de 1982, il fréquente les couloirs du Ministère chinois de l’industrie chimique, où il est notamment responsable d’un institut de recherche et de formation.

«Je suis le patron, mais tu es mon enseignant»

Lors de l’une de ses rares rencontres avec les médias, en 2016, il a tenu à rappeler avec quelle philosophie il aborde les dirigeants des entreprises qu’il rachète: «Je suis ton patron, mais tu es mon enseignant.» Et des entreprises, il en a racheté. Plus d’une centaine, en Chine, à partir de la fin des années 1980 et la montée en puissance de sa société de nettoyage industriel Bluestar.

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Délégué de l’Assemblée nationale populaire, Ren Jianxin est un proche du pouvoir. Moins lisse, plus libre de parole: c’est ainsi qu’il est souvent décrit par les Occidentaux qui l’ont rencontré. Il est aussi surnommé le «roi des rachats». C’est lui qui a construit le géant ChemChina et qui, à sa naissance officielle en 2004, a poursuivi les acquisitions à l’étranger, en Australie, en France, en Israël, en Italie et donc en Suisse. Dans un milieu des entreprises d’Etat chinoises où les patrons sont souvent interchangeables, lui paraît indéboulonnable. Il est considéré comme celui à qui Pékin a confié la mission d’améliorer la productivité de l’agriculture chinoise.

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Le Belge Michel Demaré n’est donc plus président de Syngenta. Il demeure néanmoins l’un des huit membres de son conseil et «assurera une présence constante» à Bâle, a-t-il expliqué au Temps, vendredi dernier. Trois autres membres du «clan Syngenta» ont été réélus: Gunnar Brock, Eveline Saupper et Jürg Witmer.

Quatre nouveaux, deux lieutenants

Les quatre autres membres du conseil sont des nouveaux venus. Il s’agit notamment de Hongbo Chen, un autre Chinois, lui âgé de 44 ans. Il apparaît comme l’un des lieutenants de Ren Jianxin. La documentation fournie aux actionnaires de Syngenta le présente comme le chef de la stratégie de ChemChina. Avant 2005, il a également travaillé pour d’autres sociétés chinoises du secteur de la chimie, ainsi que pour la China National Petroleum, le leader national (et étatique) de production de carburants.

Lundi ont aussi été élus l’avocat de l’étude zurichoise Homburger, Dieter Gericke, et Olivier de Clermont-Tonnerre, un Français passé par Rhodia et qui est désormais l’un des hauts responsables de Bluestar, l’entreprise qui a propulsé Ren Jianxin vers ce premier sommet. Premier sommet, car si les rumeurs d’une fusion de ChemChina avec Sinochem se confirment, l’opération créerait la plus puissante entreprise chimique de la planète. Et Ren Jianxin atteindrait le toit du monde.

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