Afrique

Roland Decorvet prend la barre du groupe Lonrho

Avec leur groupe africain Lonrho, le milliardaire Rainer-Marc Frey et ses éminents partenaires s’apprêtent à un nouveau démarrage

L’Africa Mercy a accosté le 30 août au port de Tamatave, à Madagascar, salué et remercié sur les quais par le président et le premier ministre de l’île. Ces huit prochains mois, des médecins européens procéderont à des interventions gratuites sur ce navire-hôpital, le plus grand du monde.

La réception à Tamatave fut aussi l’occasion des adieux de Roland Decorvet, patron de l’hôpital flottant. Appelé par sa foi, ce fils de pasteur vaudois aura été quatorze mois durant sur le pont de l’Africa Mercy, financé par une organisation d’assistance chrétienne. L’ancien responsable chez Nestlé, qui s’était retiré en 2013 du monde des affaires, fait son retour dans l’économie. Il prend la direction du groupe diversifié Lonrho, dont le siège est à Johannesburg et qui emploie 4000 personnes en Afrique.

A ce poste, il travaillera avec des personnalités de l’économie suisse. Le groupe appartient à Rainer-Marc Frey, ancien gérant de hedge funds, fondateur d’Horizon21 et administrateur d’UBS, et à Thomas Schmidheiny, actionnaire de référence du géant du ciment LafargeHolcim. Les deux milliardaires détiennent 80% de Lonrho. Parmi les autres actionnaires, on trouve Jörg Wolle, du groupe de services commerciaux DKSH, Dieter Spälti, proche de Schmid­heiny, ainsi qu’Adrian Gut, Reto Suter et Herbert Item, tous des proches de Rainer-Marc Frey.

Ce dernier est le pivot de l’affaire. En 2013, il avait repris avec ses partenaires Lonrho Holding, coté à Londres. Puis il l’a retiré de la bourse, procédé à un tri dans le portefeuille du groupe avant de le réorienter. A ce jour, les investisseurs ont mis un demi-milliard de francs dans le groupe Lonrho: la reprise des actions a coûté 270 millions et 250 millions devraient avoir été engloutis dans le règlement du passé.

En arrivant, les Suisses sont tombés sur des cas de nature à en dégoûter plus d’un: litiges avec les autorités fiscales, accusations de corruption, plaintes pour faux en écritures, menaces de mort, arrestations, brouille avec les syndicats, exigences des banques, vol, sans parler d’une flotte d’avions qui rouillaient dans des aérodromes africains.

Equilibre en perspective

Rainer-Marc Frey et ses partenaires ne se sont pas laissé abattre. Sous l’égide du responsable opérationnel Reto Suter, ils ont empoigné un problème après l’autre. L’actionnaire de référence, Rainer-Marc Frey, s’est investi en personne en s’envolant pour l’Afrique une fois par mois. Le rapport annuel 2014 de Lonrho, que nous avons pu consulter, indique une reprise. Les pertes de l’année précédente, à hauteur de 367 millions de dollars, se sont réduites l’an dernier à 21 millions. Le bénéfice d’exploitation est passé à 9,5 millions, alors que les chiffres étaient dans le rouge auparavant. Le chiffre d’affaires s’établit à 261 millions de dollars, avec une tendance à la hausse.

En embarquant il y a deux ans, Thomas Schmidheiny avait lancé des pronostics: «Lonrho a une bonne perspective à long terme mais un clair besoin de capital.» Il a fallu s’attaquer à d’autres problèmes, notamment négocier cet été un arrangement avec la société financière Cambria Africa pour couvrir l’encours des crédits et injecter 4,8 millions de dollars. Un autre litige juridique s’est achevé en octobre au Cap: Lonrho avait porté plainte contre d’anciens cadres partis à la concurrence avec des documents confidentiels, listes de clients et calculs de marges. Le 23 octobre, le tribunal interdisait aux intéressés tout contact avec la concurrence jusqu’à mi-2016.

Désormais, avec Roland Decorvet à la barre, une nouvelle étape de la croissance devrait être franchie. L’ancien responsable a grandi à Kinshasa, en République démocratique du Congo, et connaît les marchés africains du temps où il était chez Nestlé. Lorsqu’on construit des ports au Ghana et en Guinée Equatoriale, qu’on vend des tracteurs ou dirige des hôtels en Tanzanie, qu’on plante des fruits au Zimbabwe et qu’on exporte du poisson surgelé d’Afrique du Sud, on connaît les risques des marchés. Justement, une filiale de Lonrho, Afex, qui exploite des campements mobiles pour des sociétés pétrolières et pour le HCR, a dû plier précipitamment bagage au Soudan du Sud où la guerre civile fait rage, ce qui a mis immédiatement ses résultats dans le rouge.

Lutte contre la corruption

Les investisseurs suisses ne se laissent pas intimider par de tels revers. Dans le rapport annuel 2014, sous le titre «Focalisés sur la croissance en Afrique», les points d’exclamation se succèdent. Lonrho veut constituer une plateforme de référence pour l’essor en Afrique subsaharienne et vise un chiffre d’affaires à neuf chiffres. En matière de compliance aussi, les Suisses entendent imposer leurs standards à l’Afrique. «Nous sommes convaincus que le trafic d’influence et la corruption sont inacceptables dans la vie des affaires.» Roland Decorvet connaît ses objectifs.



*Handelszeitung

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