Electricité

Romande Energie désire un barrage d’Alpiq

Le long processus de vente des parts dans les barrages d’Alpiq a commencé. Le dossier est parvenu vendredi dernier à Romande Energie, dont le bénéfice brut a augmenté de 11,2% l’an dernier à 104,59 millions de francs

Romande Energie (RE), qui présentait lundi ses résultats 2015 bénéficiaires, aimerait pouvoir changer les conditions de vente des barrages proposées par Alpiq. Le dossier de soumission a été envoyé à toutes les entreprises intéressées à la fin de la semaine dernière. RE n’est pas la seule société électrique qui désire modifier le mode de mise en vente des ouvrages.

Alpiq sera donc sous forte pression pour changer sa manière de se dessaisir des 18 barrages dont il est partiellement propriétaire. 10 installations se situent en Suisse romande, soit neuf en Valais et une dans le canton de Vaud.

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Alpiq veut garder les rênes sur ses installations

L’intention du groupe, issu de la fusion de la société romande EOS et de l’électricien soleurois Atel, est de constituer une société de participation avec ses parts dans les installations hydroélectriques suisses. Alpiq veut conserver 51% et mettre en vente 49%. Le groupe veut donc garder le pouvoir sur son hydroélectricité en Suisse tout en encaissant des centaines de millions de francs, voire plus d’un milliard.

«Nous connaissons la valorisation de ces barrages estimée par Alpiq mais ces chiffres, contenus dans l’offre, restent confidentiels», indique Pierre-Alain Urech, directeur de RE, société présente dans le canton de Vaud et en Bas-Valais.

En fait, comme les Forces motrices bernoises, RE préférerait acheter des parts dans un seul barrage pour en maîtriser totalement l’exploitation. «Il faudra négocier, souligne Pierre-Alain Urech. Toutes les opportunités seront examinées». RE évoque notamment une reprise en partenariat avec des entreprises et collectivités publiques.

Le seul complexe hydroélectrique dans lequel RE est directement actionnaires avec Alpiq est l’Hongrin-Léman dont il détient 41,1%, contre 39,3% pour Alpiq. La logique voudrait que RE s’intéresse à devenir majoritaire dans cet ouvrage. Pourtant sa rentabilité, basée sur le pompage-turbinage, est mauvaise car son modèle commercial est basé sur le prix de vente élevé du courant de pointe qui s’est effondré.

En juillet 2008, le prix de vente du kWh de pointe sur le marché européen était de 22,9 centimes. Aujourd’hui, il est de 3 centimes. RE pourrait donc s’intéresser à des installations qui sont détenues par Alpiq en partenariat avec des communes valaisannes, comme à Fully ou à Navizence dans la région de Sierre.

«La question est surtout de savoir quand le prix de vente de l’électricité se redressera sur le marché de gros européen», indique Pierre-Alain Urech. Le directeur se refuse en effet à devoir augmenter les tarifs pour pouvoir financer l’achat d’une partie des installations d’Alpiq.

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La manne des clients captifs

L’ouverture complète du marché suisse de l’électricité, plusieurs fois reportée, est quasiment gelée. Si elle intervenait rapidement, elle étranglerait les sociétés distributrices, comme Romande Energie, car elles ne pourraient plus compter sur des clients captifs pour assurer l’amortissement des installations de production déficitaires qu’elles sont tentées d’acheter maintenant à Alpiq.

Les taxes représentent plus de 30% du prix de production d’électricité hydraulique. Pierre-Alain Urech n’est pourtant pas favorable à une remise en question de la taxe hydraulique versée aux communes et aux cantons alpins. «Une idée serait de les percevoir de manière à ce qu’elles soient payées par le consommateur final et non par le producteur», suggère le directeur de RE dont la société va développer intensément le secteur des services.

Chiffre d’affaires en hausse

Romande Energie, qui a distribué 2,8 milliards de kWh l’an dernier (+ 0,5%) et augmenté son chiffre d’affaires de 3%, à 599,9 millions de francs, dispose de deux tiers de clients captifs qui ne peuvent pas changer de fournisseur d’électricité.

L’exercice 2015 boucle par un bénéfice opérationnel (EBIT) de 104,59 millions (+11,2%) et un bénéfice net de 1,2 million. RE, actionnaire indirect d’Alpiq à hauteur de 9%, a dû en effet intégrer une perte de 78 millions de francs consécutive au déficit d’Alpiq.

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