Restaurants

Les Romands dévorent le Passeport gourmand

Le marché du rabais fait recette. Des dizaines de milliers de livrets rouges se sont écoulées en quelques minutes, lundi

Les Romands sont morts de faim. Lundi dernier, ils ont été plus de 48 000 à se connecter simultanément sur le site de GeneralMedia pour tenter d'obtenir un passeport gourmand. Il n’a fallu qu’une poignée de secondes pour écouler les dizaines de milliers de sésames, vendus 95 francs pièce.

Le livret rouge décliné en six versions, une pour chaque canton romand – Jura et Neuchâtel sont regroupés – et une pour la France voisine, permet à ses détenteurs d’obtenir des rabais dans les quelque 800 restaurants qui y sont présentés.

Sur les réseaux sociaux, les heureux et les déçus se croisent. Les messages de joie et de désappointement se multiplient. Quant à la revente au marché noir, elle a déjà commencé.

148 millions de requêtes par minute

Il faut dire que le modèle fait recette. En 2017, c’est la trentième fois que l’exercice est renouvelé. Chaque année, fin novembre, c’est la bousculade. Une bousculade qui, cette fois-ci, a dû être retardée de plusieurs jours en raison d’une attaque informatique, dite de «déni de service», qui consiste à submerger une machine de requêtes fantômes jusqu’à ce qu’elle ne soit plus capable de répondre aux vraies demandes. «Jeudi dernier, nous avons enregistré 148 millions de requêtes par minute. Nous avons du succès, mais ce chiffre était trop important pour être réaliste», plaisante Olivier Di Natale, le directeur général de GeneralMedia.

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II en plaisante, mais il est contrarié que certains aient soupçonné l’éditeur du Passeport gourmand de s'offrir un coup de publicité. Qui pourrait être l’auteur ou le commanditaire de cette attaque informatique? A qui profite le crime? Olivier Di Natale ne veut pas se prononcer. Mais il assure: «Nous sommes en train de mener des recherches et lorsque nous aurons obtenu suffisamment d’informations, nous envisageons de porter plainte», annonce-t-il.

«Plus d’excuses que de passeports»

GeneralMedia ne communique pas le nombre de passeports qu’il a vendus. Des dizaines de milliers, lâche toutefois son patron, en précisant qu’un stock est aussi réservé pour les commandes réalisées par courrier. Et que les 48 000 demandeurs connectés lundi n’ont pas tous été servis. «Nous envoyons plus de courriers d’excuse pour les déçus que de passeports», illustre-t-il encore.

Voilà vingt ans qu’Olivier Di Natale supervise cette opération. Le modèle n’a pas changé: GeneralMedia encaisse les revenus des ventes de passeports. Mais les restaurateurs ne reversent pas de commission à GeneralMedia. Ils sont sélectionnés, donc visibles gratuitement dans le livret et, en échange, concèdent des rabais pour ses détenteurs. Selon les cantons et les villes, certains établissements accueillent entre 1000 et 4000 détenteurs de passeport gourmand par an, indique Olivier Di Natale.

Le plus grand bouleversement qu’il ait pu observer sur ce marché concerne la concurrence. Plagiat ou pas, les Groupon, DeinDeal et autres La Fourchette ont émergé et généralisé la pratique des promotions dans le domaine des services. GeneralMedia fait d’ailleurs signer une clause d’exclusivité aux restaurateurs, afin d’éviter la multiplication des offres pour un même établissement. «Et nous excluons ceux pour lesquels nous avons reçu trop de réclamations, par exemple parce qu’ils réduisent les portions.»

Chasseurs de rabais

La croissance du marché de la promotion a aussi aiguisé les stratégies des consommateurs. «Les restaurants nous disent qu’un tiers des gens profitent des rabais pour consommer davantage, par exemple du vin, un autre tiers mange normalement et un dernier tiers est clairement identifié comme des chasseurs de rabais», énumère Olivier Di Natale. C’est l’autre changement notable qu’il a pu constater, cette dernière décennie: «Nous avons fait un Passeport gourmand dans un esprit de découverte de nouvelles tables. Mais on observe une envie de plus en plus prononcée de juste manger moins cher.»

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