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Intesa Sanpaolo va reprendre les activités saines des deux groupes bancaires vénètes  Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca.
© TIZIANA FABI/AFP

Crise

Rome liquide deux banques vénitiennes

Bruxelles a donné son feu vert à l’opération, dont le coût est estimé à 17 milliards d’euros (environ 18,5 milliards de francs)

L’Italie continue de régler, à sa manière, la crise de son système bancaire. Le gouvernement italien a en effet entamé, dimanche 25 juin, la procédure de liquidation de deux petites banques de Vénétie, Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca, sous-capitalisées et fragilisées par des années de gestion erratique ainsi que par un stock important de créances douteuses, notamment auprès de PME locales affectées par la crise économique de ces dernières années. «C’était un puits sans fond, même en réinjectant du capital, ces banques n’étaient pas viables. Il fallait qu’elles soient absorbées par une autre banque pour changer de business model», explique une source proche du dossier.

Le plan de liquidation sur fonds publics élaboré par le gouvernement italien prévoit donc le transfert des actifs sains de ces deux établissements à Intesa Sanpaolo, la première banque de détail en Italie, pour 1 euro symbolique. L’objectif étant de protéger les déposants et d’éviter que les clients ne se précipitent aux guichets pour retirer leur argent. Ils devaient avoir accès à leurs comptes normalement lundi.

«Le total des ressources mobilisées pourrait atteindre 17 milliards d’euros, mais la dépense immédiate pour l’Etat est d’un peu plus de 5 milliards d’euros», a expliqué dimanche le ministre de l’Economie et des finances, Pier Carlo Padoan, à l’issue d’un Conseil des ministres extraordinaire. Dans le détail, 4,8 milliards d’euros serviront à «maintenir la capitalisation et à renforcer la situation patrimoniale» d’Intesa Sanpaolo, qui va reprendre les activités saines des deux banques.

La Vénétie, une des locomotives de la timide reprise italienne

Les 12 milliards d’euros prévus en plus représentent une couverture pour les créances douteuses, qui risquent de ne jamais être remboursées. Le montant exact de l’aide d’Etat ne sera donc connu que dans plusieurs années. Le décret publié par le gouvernement «permet de stabiliser l’économie de la Vénétie et de sauvegarder l’activité économique des banques vénitiennes», qui continueront à exister et à fonctionner dans le cadre du groupe Intesa Sanpaolo, a assuré Pier Carlo Padoan.

Dimanche soir, Bruxelles a annoncé qu’elle autorisait le plan pour faciliter «la liquidation ordonnée» des deux établissements. Une faillite risquait de provoquer des troubles économiques dans la région, au moment où la Vénétie est l’une des principales locomotives de la timide reprise italienne.

La méthode est toutefois peu orthodoxe. Les grands principes de la nouvelle Union bancaire prévoient en effet un processus de résolution pour les banques en défaillance, qui met à contribution les parties prenantes privées (actionnaires et détenteurs de dette de la banque) pour ne plus faire appel aux contribuables.

«Tout le nouveau dispositif européen vise à empêcher les aides d’Etat. Dans le cas des banques vénitiennes, certes il y a une injection d’argent public, mais l’astuce est qu’il est destiné à une «bad bank» qui sera liquidée. Cela ne pose donc pas de problème de concurrence, dit un expert. C’est un détournement de l’esprit de l’Union bancaire, mais toute cette mécanique marche et montre qu’en Europe, on sait désormais fermer des banques.»

Elections à hauts risques

Le plan préserve les intérêts des déposants et des petits porteurs, chose politiquement indispensable alors que se profilent des législatives à hauts risques, d’ici à février 2018. Le «sauvetage» de quatre petites banques toscanes sans recours à l’argent public, fin 2015, avait provoqué le suicide d’un retraité ruiné, comme des milliers d’épargnants, suscitant dans le pays une émotion qui avait beaucoup nui au gouvernement Renzi.

Mais le coût de l’opération s’annonce astronomique pour les Italiens. De plus, celle-ci risque d’avoir des conséquences sociales lourdes. La Vénétie, bassin d’activité des deux banques, est aussi une des régions où la présence d’Intesa Sanpaolo est la plus forte, créant ainsi de nombreux doublons. La banque a indiqué dès lundi que l’opération pourrait entraîner la fermeture d’environ 600 agences, et le départ volontaire de quelque 3900 salariés.

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