Café

Depuis Romont, Nespresso part à la conquête de l’Amérique

La division café de Nestlé investira 43 millions de francs dans deux nouvelles lignes de production. Inaugurée il y a trois ans, son usine fribourgeoise a atteint une production annuelle d’un milliard de capsules

Nespresso souffle le chaud et le froid. Après avoir annoncé vendredi la délocalisation des 350 postes de son quartier général de Lausanne à Vevey, le fabricant de dosettes de café haut de gamme a inauguré en grande pompe mercredi son centre de formation Coffee Campus et son département développement de produits à Romont (FR). Dédié au développement de nouveaux arômes, ce centre d’innovation cafetier était pourtant opérationnel depuis cet été.

La direction se défend cependant d’avoir organisé une pure opération de communication, plaidant le hasard de calendrier. «Les deux annonces témoignent d’ailleurs de notre ancrage en Suisse. Tous les postes du siège lausannois ont été conservés: ce n’est pas une restructuration», conteste le président de Nespresso, Patrice Bula, évoquant quelques «ajustements» et la constitution de hubs thématiques.

Restructuration globale, ajustement local

Parmi ces «ajustements» – qui n’épargnent désormais plus la Suisse –, le transfert de la division développement de produit de Lausanne vers Romont (90 emplois) avait été annoncé en décembre dernier. Outre le déplacement du quartier général lausannois, les activités de design de boutiques et d'e-commerce ont été annoncées en mai en partance pour respectivement Milan et Barcelone (80 emplois).

Des opérations qui s’inscrivent dans le cadre d’un programme mondial de restructuration de la nouvelle direction de Nestlé, mais qui restent «pratiquement neutres» en termes d’emploi, soutient Patrice Bula, estimant que «notre redéploiement est fait». Celui qui est aussi chargé des Unités d’affaires stratégiques chez Nestlé a rappelé les 3,8 milliards de francs investis en Suisse par la multinationale sur la dernière décennie, ses 10 0000 emplois dont 2200 chez Nespresso et ses trois usines qui sont «toutes compétitives».

Après Orbe et Avenches, Romont, la dernière-née des fabriques Nespresso en 2015, se dotera de deux nouvelles lignes de production en 2019 et 2020. Un investissement de 43 millions de francs décrit comme un «vote de confiance» à Romont qui a déjà atteint une production annuelle d’un milliard de capsules, selon Patrice Bula. Lors des prises de parole protocolaires, les élus locaux – grues de construction en toile de fond – n’ont pas tari d’éloges sur la multinationale et le «coup de génie du café en dosette, vendu comme en bijouterie», selon Olivier Curty, conseiller d’Etat fribourgeois chargé de l’Economie et de l’Emploi.

Lignes de production de café americano

Dans le vaste hangar, où les grains de café coulent comme dans un sablier, une porte a déjà été condamnée afin de permettre l’installation des nouvelles lignes de production. Les 33 nouveaux employés seront formés peu à peu et rejoindront les 200 collaborateurs que compte déjà l’usine.

Surtout, la montée en puissance de Romont permettra de renforcer l’assaut sur le marché américain. C’est en effet en terres fribourgeoises qu’est produite la gamme Vertuo, permettant notamment de servir des cafés plus longs sans diluer sa saveur. Lancées en Suisse cet automne et disponibles dans 14 pays, ces nouvelles capsules auraient permis à Nespresso de croître de près de 20% annuellement aux Etats-Unis, en faisant ainsi son deuxième marché mondial derrière la France, selon Patrice Bula.

Des usines délocalisées ?

A terme, la rationalité logistique ne pousserait-elle pas à construire des usines Nespresso hors de Suisse? Patrice Bula admet que la réflexion a été menée, avant de citer une image de marque par trop attachée chez les consommateurs américains à la Suisse, à sa qualité et à sa précision. «Ici, nous sommes aussi entourés par un réseau de fournisseurs qui sait passer rapidement du prototype au processus industriel et préserver la confidentialité. Il n’est pas si facile de transplanter la qualité industrielle à l’autre bout du monde.»

Sur le marché américain, Nestlé fourbit encore ses armes pour livrer bataille au leader JAB et ses machines Keurig. Outre ses cafés longs, la multinationale suisse s’est assurée de pouvoir commercialiser les produits Starbucks et s’est emparée de la chaîne californienne Blue Bottle.

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