Ex-URSS

A Rostov, les usines d’hélicoptères géants tirent l’aéronautique russe

Vertoleti Rossii a rejoint les trois plus grands fabricants mondiaux d’hélicoptères. Exportations en hausse, profits: un succès quasi unique au sein des hautes technologies russes. Les partenariats avec l’Occident, afin de se développer dans les appareils plus légers, restent difficiles

Du matin au soir, les hélicoptères vrombissent comme des frelons au-dessus des faubourgs de Rostov-sur-le-Don, loin dans le sud de la Russie. A peine sortis des hangars de l’usine Rostvertol, ils sont essayés en vol avant d’être exportés et livrés aux quatre coins du monde.

Rostvertol est l’un des quatre grands sites industriels d’OAO Vertoleti Rossii – «Hélicoptères Russes SA», en français – une société d’Etat regroupant les principales usines de fabrication d’hélicoptères civils et militaires du pays. C’est en particulier ici qu’est fabriqué le plus gros appareil au monde, le Mi-26, un mastodonte capable de soulever 20 tonnes de charge utile. De la ville de Rostov sortent également les hélicoptères militaires Mi-35M – parmi les plus demandés au monde – et le nouvel appareil d’attaque Mi-28N. Ce dernier sera présenté pour la première fois mardi au public, lors du salon aéronautique moscovite MAKS.

OAO Vertoleti Rossii est l’une des rares entreprises militaires d’Etat russes à ouvrir ses usines aux journalistes étrangers. C’est parce que les exportations d’appareils militaires et civils contribuent à la plus grande part des bénéfices du groupe (212 millions d’euros de bénéfice net en 2012). Plusieurs Mi-35M destinés aux forces armées brésiliennes sont en ce moment testés sur l’aérodrome de Rostvertol. «Nous ne nous contentons pas de conserver nos marchés traditionnels: nous avançons rapidement sur de nouveaux marchés comme l’Amérique latine», se félicite le directeur général d’OAO Vertoleti Rossii, Dmitry Petrov.

On ne peut pas en dire autant des autres champions industriels de l’époque soviétique, qui n’ont pas su se montrer concurrentiels à l’échelle globale. Ainsi en est-il des avions de chasse: la Russie continue d’en exporter, mais ils sont de conception soviétique. Et se vendent surtout dans des pays n’ayant pas accès au matériel militaire occidental. De même, l’unique avion de ligne civil produit en Russie, le Superjet 100, peine à s’exporter et reste un projet lourdement déficitaire.

Le groupe d’Etat vient de recevoir près d’un milliard de francs suisses du budget pour développer de nouveaux appareils. Vertoleti Rossii se targue d’avoir un carnet de commandes très rempli: 870 appareils sont attendus par ses clients d’ici à 2020. Soit, au total, un travail représentant une somme de 10,8 milliards de francs suisses. Les hélicoptères de gabarits moyen et lourd du groupe russe restent très demandés dans le monde; en particulier à cause de leur robustesse et de leur simplicité d’entretien.

Là où le constructeur pèche, par contre, c’est dans la catégorie des hélicoptères légers, où dominent l’américain Robinson et le franco-allemand Eurocopter. La raison de cette situation? «La logique industrielle russe a toujours été de suivre la priorité de l’Etat, c’est-à-dire les commandes militaires», commente une source au sein du constructeur russe ne souhaitant pas voir son nom apparaître en parlant de la concurrence. «Pour gagner des parts de marché dans le civil, il faudrait changer de priorité et se tourner vers la production de petits appareils sophistiqués, ce qui requiert de passer des alliances avec les groupes étrangers déjà leaders sur ce segment», poursuit ce bon connaisseur du secteur. «C’est le seul moyen de rattraper notre retard», confiera-t-il par la suite.

Une coentreprise a ainsi été créée avec l’anglo-italien AgustaWestland. Problème, ce partenariat rencontre des difficultés à cause d’un contrat pour 35 appareils AW139 assemblés en Russie qui a été rejeté par le Ministère de la défense russe. Longtemps en discussion, un partenariat avec Eurocopter semble n’avoir mené à rien, selon des sources concordantes au sein des deux groupes.

Le meilleur aiguillon pour sortir de cette ornière serait la libéralisation de l’espace aérien russe, estiment les experts moscovites du secteur. Un exemple? Le survol de Moscou est toujours interdit par les services de sécurité russes, alors qu’il existe une très forte demande pour des liaisons en hélicoptère autour de la capitale. Mais l’atavisme russe veut que les intérêts économiques demeurent sous le joug des priorités sécuritaires.

Contrairement aux avions de chasse ou de ligne, les robustes hélicoptères russes restent très demandés dans le monde

Publicité