Récemment, j’ai acheté une voiture. Diesel. Franchement, on m’aurait dit, il y a six mois encore, que moi, la bobo écolo qui trie ses déchets et vit au centre-ville, moi, la fille qui, de tout temps, a affiché un mépris souverain pour les voitures et les conducteurs de voitures, on m’aurait dit que j’allais devenir propriétaire d’un véhicule à moteur diesel, j’aurais rigolé très, très fort.

Or donc, j’ai acheté une voiture, et une semaine après, il y a eu le scandale VW.

Ai-je acheté une VW? Non. Mais j’ai bien failli. Lorsque, par lâcheté, par nécessité, ou par embourgeoisement coupable, on s’apprête à acheter une voiture en dépit de ses propres valeurs, la première chose que l’on regarde, c’est le niveau des émissions de gaz polluants. Pour tout dire, si j’avais eu l’argent, je l’aurais bien donné à VW en échange d’un «diesel propre» et d’un peu de bonne conscience.

Mais à ce stade, c’est sans importance. Avant-hier, je lisais que l’Adac, une association d’automobilistes européenne, avait fait passer, à 79 véhicules diesel, deux tests, l’un «réaliste», et l’autre «actuellement en vigueur dans l’UE» (déjà ça… mais passons). Il s’avère que seul un petit quart de ces voitures, qui n’étaient de loin pas toutes allemandes, affichaient des résultats similaires aux deux tests.

Et qui s’en étonne? Il est de notoriété publique que les niveaux effectifs de consommation de carburant, et donc de pollution, sont supérieurs à ceux proclamés par les constructeurs. Toute personne qui, un jour, a acheté une voiture se l’est entendu dire de la bouche-même de son concessionnaire.

Alors ceux qui prétendent que l’affaire VW, c’est différent, parce qu’il y a eu tricherie, et qu’il est essentiel, pour l’exemple, d’aller traquer les responsabilités personnelles jusqu’au sommet des hiérarchies, tous ces indignés-là sont des hypocrites. Un constructeur qui a «juste» fait comme les autres, en s’accommodant d’un laxisme général dans les normes anti-pollution, est aussi coupable que VW d’avoir contribué à augmenter les émissions de substances cancérigènes. Et aussi coupable que moi, qui ai acheté une voiture en sachant qu’elle pollue davantage que sur le papier – «le papier» étant juste le niveau minimal pour ne pas mettre en danger la santé publique.

Les automobilistes ne sont pas les victimes innocentes d’une industrie dirigée par des CEO perfides. Je suis bien placée pour le savoir: ce sont des personnes parfaitement informées qui ont choisi d’acheter une voiture sale tout en se jurant d’en faire un usage modéré. Et c’est justement parce qu’elles sont faibles quand leur propre confort est en jeu, parce qu’on ne peut compter sur aucune forme de responsabilité individuelle, ni au sommet des hiérarchies, ni chez les consommateurs les plus avertis, qu’il faut d’urgence établir un cadre réglementaire fort qui empêche, radicalement et définitivement, la circulation de voitures qui polluent. Les gens comme moi doivent absolument être empêchés de faire des choses aussi bêtes.