Pour la sixième journée consécutive mercredi, la monnaie indienne a continué à se déprécier face aux principales devises. Elle est descendue à 55,94 roupies pour un dollar, son plus bas historique. Cités par la presse indienne, des analystes à Mumbai, capitale économique du pays, estiment que la Banque centrale indienne est probablement intervenue sur le marché des changes pour endiguer la chute.

La roupie fait les frais de la détérioration de l’économie indienne marquée par un ralentissement de la croissance. Dans ses dernières prévisions pour 2012, le Fonds monétaire international (FMI) estime que le taux de croissance du PIB baissera à 6,9%, contre 7,2% l’an dernier. L’inflation sera légèrement inférieure à celle de l’année dernière, mais restera élevée à 8,2%, ce qui grève le pouvoir d’achat. Autres facteurs qui plombent l’économie: la baisse d’investissements directs étrangers arrivant en Inde et la dégradation des balances des paiements liée aux factures des importations.

La colère monte

La roupie souffre tout autant de l’environnement économique international. Il y a d’abord la crise de la zone euro, un important partenaire commercial de l’Inde. Ensuite, la demande du dollar – il a repris son rôle de valeur refuge – a fortement augmenté ces derniers temps. Le mouvement s’est accéléré mardi lorsque l’agence Fitch a baissé la note de la dette souveraine japonaise d’AA à A +.

Les analystes craignent que la dépréciation de la roupie ne provoque une nouvelle flambée des prix et, par conséquent, une crise politique dans le pays. Le prix du pétrole ne cesse de grimper, d’une part à cause du prix d’importation plus cher et, d’autre part, à cause de l’abolition des subventions sur les produits énergétiques depuis le début de l’année. Selon eux, la dépréciation de la roupie ne va pas provoquer un boom des exportations indiennes.

Face à la colère qui monte, la présidente du Congrès, le principal parti au pouvoir, Sonia Gandhi, a demandé mardi aux ministres de tout faire pour réduire la pauvreté. «Si le mécontentement grandit, le parti paiera le prix fort aux prochaines élections en 2014», a-t-elle averti. L’opposition, menée par le Parti populaire indien, a fait de la hausse des prix son principal cheval de bataille.