La mi-septembre 2008 n’a pas seulement été marquée par l’effondrement de Lehman Brothers. Au même instant, mais très loin de Wall Street, à Varsovie, une innovation majeure était présentée dans les techniques médicales lors de la réunion de l’Association européenne d’ostéointégration (EAO). Straumann y a véritablement créé la surprise autant auprès des milieux scientifiques que des analystes du marché de l’implant dentaire. A Varsovie, le fabricant bâlois a présenté le premier matériau spécifiquement conçu pour l’implantation dentaire.

L’implant dentaire représente une racine artificielle, une sorte de vis habituellement en titane qu’on place dans l’os alvéolaire pour remplacer une ou plusieurs dents absentes. Avec un diamètre de trois à six millimètres et une longueur de six à dix-huit millimètres, il doit être stable et pénétrer dans l’os en forçant légèrement. Straumann, qui appartient à Thomas Straumann (38,8%) et à la famille Maag (12,2%), est considéré comme le numéro deux mondial avec une part de marché de 30%.

Environnement agressif

Le nouveau matériau présenté à Varsovie se nomme fort logiquement Roxolid, puisqu’il est 50% plus résistant que le titane pur, le matériau de référence dans le secteur. La résistance joue un rôle clé lorsqu’il s’agit d’implants de petit diamètre. Les spécialistes ont souvent été confrontés à des implants de petite taille qui se sont fracturés.

Le Roxolid, outre sa résistance supérieure, présente un second avantage majeur. Il permet une ostéointégration supérieure à celle du titane pur. Cette particularité est cruciale lors de l’installation. Car l’implant est entièrement fixé dans l’os et doit s’y intégrer. Le moment de vérité se produit après 2 à 4 semaines, lorsque le risque de perte de l’implant est le plus élevé. Sûr de ses avantages, Straumann parle de «nouvel ADN des matériaux pour implants».

Le titane s’était imposé comme matériau de base pour les implants il y a trente ans. Il succédait alors à l’acier. Avant la dentisterie implantaire, l’industrie a longtemps utilisé le titane en chirurgie orthopédique. Mais dans un environnement aussi agressif que la bouche, le titane s’est rapidement imposé grâce à ses capacités d’intégration à l’os et sa résistance à la corrosion. Il est capable de supporter les forces considérables subies lors de la mastication, selon Straumann. Dans la bouche, les forces qui interviennent sur des points précis sont proportionnellement bien supérieures à celles que l’on rencontre dans l’orthopédie pour les hanches, selon le porte-parole du groupe bâlois.

Progressivement, l’industrie a cherché à marier le titane à d’autres matériaux, comme le vanadium, plus rigide et plus dur, mais moins biocompatible avec l’os. La céramique, très dure, est une alternative, mais elle souffre d’une moindre élasticité. Le Roxolid est une combinaison à base de titane et de zirconium, les deux seuls matériaux qui n’entravent pas la croissance des cellules osseuses essentielles lors de l’ostéointégration.

Test concluant

Straumann profite d’autant plus de cette innovation que le Roxolid peut être associé à sa nouvelle surface d’implant, appelée SLActive. Des études ont démontré que le volume d’os créé est considérablement plus élevé avec la combinaison Roxolid/SLActive qu’avec un implant Titane/SLActive. Cette surface est plus chère d’environ 30% pour le patient, mais elle améliore nettement la sécurité. Le risque de perte tombe à 2% des patients, selon Straumann. Ce taux n’est pas négligeable. Un remplacement d’implant standard coûte environ 5000 francs, dont 15% pour le prix du matériau.

Son développement a d’abord été réalisé sur des mandibules de porcs miniatures. Les chercheurs voulaient déterminer la réaction de cicatrisation du Roxolid par rapport au titane. Le test s’est avéré très concluant. Ensuite, le premier à poser les implants avec le Roxolid sur des êtres humains a été Stephen Barter, de l’Eastham Dental Institute de Londres.

Actuellement en phase d’essais, la commercialisation du Roxolid est attendue au deuxième semestre 2009, confirme le porte-parole du groupe. Les analystes de Vontobel estiment que ce nouveau matériau représentera à l’avenir 10 à 15% des implants sur le marché. Au moment où le marché stagne en raison de la crise économique et financière, Straumann devrait profiter du soutien de ses capacités d’innovation. Le chiffre d’affaires devrait croître de 6% l’an prochain. Les analystes de Vontobel anticipent même une hausse annuelle du bénéfice de 23% de 2009 à 2012.