Eric Albert, Londres

Pour la visite d’Etat de trois jours au Royaume-Uni de Xi Jinping, qui débute le mardi 20 octobre, Londres entend dérouler le tapis rouge pour le président chinois. Littéralement. Lors de la précédente visite d’un dignitaire chinois, en l’occurrence le premier ministre Li Keqiang en juin 2014, les officiels de Pékin s’étaient plaints qu’il manquait trois mètres de tapis rouge entre la sortie de l’avion et le terminal de Heathrow.

Pas question cette fois-ci de commettre le même impair. Xi Jinping aura droit au traitement complet: discours devant les deux Chambres du parlement, dîner de gala à Buckingham Palace, remontée du Mall en carrosse… Le Royaume-Uni mise beaucoup sur la Chine. Cette visite est l’aboutissement d’années d’efforts diplomatiques.
Après avoir reçu le dalaï-lama en 2012, David Cameron avait été boudé par Pékin. Depuis, il travaille activement à reconstruire les liens. Objectif: attirer les capitaux chinois.

George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, le disait clairement le mois dernier lors d’une visite de cinq jours en Chine. «Aucune économie n’est aussi ouverte aux investissements chinois que le Royaume-Uni.»
La semaine prochaine, Londres espère que les entreprises publiques chinoises mettront de l’argent dans une ligne de train à grande vitesse, des centrales nucléaires, des ponts… La finance est aussi au cœur de discussions.
Selon le Financial Times, l’une des annonces prévues est la première émission d’une obligation d’Etat chinoise en renminbi faite depuis Londres. Ce serait la première fois qu’un bon du Trésor chinois serait émis hors de Chine, à l’exception de Hongkong. «Londres a été choisie avant les autres centres financiers d’Europe ou des Etats-Unis», affirme fièrement un officiel britannique, cité par le quotidien financier.

Dans l’immédiat, il ne s’agirait que d’un geste symbolique. L’obligation devrait être de seulement 5 milliards de yuans (750 millions de francs). Mais dans la concurrence entre les centres financiers pour faire venir l’argent chinois, la City marque ainsi des points.

D’autant que ce n’est pas la première émission obligataire en renminbi réalisée à Londres. Cette semaine, China Construction Bank, le deuxième plus grand établissement financier du pays, a mis sur le marché une obligation d’un milliard de yuans (150 millions de francs).

Pékin accélère ainsi sa politique d’internationalisation du yuan, pour en faire une monnaie non seulement d’échanges internationaux mais aussi de réserve. Les grands centres financiers mondiaux se battent pour que les opérations financières se fassent chez eux.

Dans cette compétition, la Suisse espère tirer son épingle du jeu. A l’été 2014, un accord de «swap» de francs suisses et de yuans entre les deux banques centrales a été signé. L’annonce de l’installation de China Construction Bank à Zurich cette année a suivi, faisant de lui le seul établissement bancaire de l’Empire du Milieu à être actif en Suisse.

Outre la finance, le Royaume-Uni mise aussi beaucoup sur les investissements chinois dans ses infrastructures. Quitte à se mettre en quatre, comme le prouve le dossier nucléaire. Le français EDF envisage depuis des années de construire une centrale nucléaire à Hinkley Point, dans l’ouest de l’Angleterre. S’il a le feu vert des autorités britanniques, il ne parvient pas à boucler le financement du dossier. Pour y arriver, il fait appel aux deux opérateurs nucléaires chinois, qui sont prêts à payer environ 40% de l’opération. Mais à une condition, de taille: construire leur propre centrale nucléaire, de technologie chinoise, au Royaume-Uni. La réponse du gouvernement britannique a été rapidement positive. Certes, il ne s’agit que d’une position de principe: la technologie chinoise devra obtenir le feu vert du régulateur nucléaire et la centrale ne sera pas construite avant la fin des années 2020, au mieux. Mais cela offrirait aux Chinois l’occasion d’entrer dans le petit monde fermé des constructeurs nucléaires internationaux. n