Après avoir résisté relativement longtemps, la livre sterling s’est nettement dépréciée ces derniers mois. L’été passé, le taux de change euro/livre sterling a réussi à s’échanger sous le seuil de 0,8000 – pour la première fois depuis fin 2008. En outre, depuis le mois de juillet, la livre a perdu quelque 11% face à l’euro, et son niveau d’échange actuel face au dollar américain est au plus bas depuis l’été 2010. Il est intéressant de noter que, lors de la dernière intensification de la crise politique de l’Union européenne (UE), et en particulier à la suite des résultats des élections italiennes, la livre sterling n’a pas réussi à se renforcer face à la monnaie unique. Cela démontre que la monnaie britannique est en difficulté, et risque de s’affaiblir encore davantage dans les prochains mois.

En réalité, le Royaume-Uni risque d’aller tout droit vers une crise monétaire, résultant d’une série de fondamentaux catastrophiques pour le pays et sa monnaie. Il y a tout d’abord le problème classique du double déficit: malgré l’entrée en vigueur des mesures d’austérité depuis l’arrivée du gouvernement Cameron en 2010, les déficits budgétaires sont toujours à plus de 8% supérieurs au PIB. Par ailleurs, en dépit d’une précédente dévaluation massive de la livre de près de 25% – à partir de ses sommets de 2006-2007 –, le déficit commercial s’est creusé de façon irrémédiable pour atteindre le chiffre incroyable de 7% du PIB. Une monnaie faible est supposée améliorer la compétitivité et les conditions d’échange, et non le contraire.

Pour couronner le tout, il y a bien évidemment la politique monétaire. Pendant des années, la Banque d’Angleterre a fait fonctionner la planche à billets. En outre, elle a récemment déclaré qu’elle voulait s’attaquer aux taux d’inflation bien trop élevés pour maintenir des conditions monétaires très souples, cela dans l’espoir de relancer l’économie. Il semblerait que le futur gouverneur de la Banque d’Angleterre, Mark Carney, envisage d’essayer des méthodes d’assouplissement monétaire encore plus extrêmes. Mais il n’en aura peut-être jamais l’opportunité: si la livre continue de s’affaiblir faute de pouvoir s’attirer la confiance et des afflux de capitaux pour gommer son double déficit, elle risque de subir un net affaiblissement et une inflation trop élevée, que même la consensuelle Banque d’Angleterre ne pourra ignorer. Si le Royaume-Uni n’a pas compensé ses déséquilibres avec sa dévaluation déjà importante, alors seule une nouvelle dévaluation fera évoluer les choses dans la bonne direction.

Une forte dépréciation de la livre pourrait se révéler inconfortable pour les épargnants du Royaume-Uni, ainsi que pour les consommateurs et les investisseurs sur les marchés des actifs britanniques, notamment dans le secteur immobilier. Sans un changement de contexte, au cours de l’année à venir la livre pourrait s’affaiblir en deçà de son plancher de 2009 face au dollar, à 1,35, voire tester le seuil de quasi-parité atteint au milieu des années 80 si une crise monétaire devait se concrétiser.

* Stratège et consultant en devises auprès de Saxo Bank