Le Temps: Vous assurez-vous que les fonds qui proviennent de l’étranger sont déclarés?

Marc Bürki: En matière de trading de devises, la question ne se pose pas car les montants déposés sont en moyenne de 10 000 dollars. Sur les dépôts plus importants, nous effectuons des recherches sur l’origine des fonds pour les questions de blanchiment et de conformité fiscale, même si ce dernier point est parfois compliqué à évaluer.

– La mise en place de l’échange automatique d’informations vous facilitera-t-il donc la vie?

– C’est l’avenir et c’est le système qui s’imposera finalement. Rubik est une catastrophe complète. Avec la Grande-Bretagne, il était prévu que les banques suisses paient 500 millions avant de commencer les prélèvements. Cette avance n’est remboursable que si les prélèvements atteignent au moins 800 millions. On réalise aujourd’hui que cette somme ne sera probablement pas atteinte. Swissquote devra alors compenser à hauteur d’un million, selon la répartition de l’Association suisse des banquiers, les banques qui ont avancé les fonds. C’est d’autant plus injuste que les prélèvements sur nos clients ne représentent que quelques milliers de francs. Sans compter que deux personnes travaillent à temps plein à la mise en place de cet accord et de celui avec l’Autriche. La Suisse a mal négocié.

– De manière générale, êtes-vous inquiet pour l’avenir de la place financière suisse?

– Le déclin n’apparaît que si l’on ne se remet pas en question. C’est vrai en général, pas seulement pour la place financière suisse. Elle doit tenir compte des évolutions. A force de dépenser toute notre énergie à défendre un secret bancaire dont tout le monde sait qu’il va disparaître, on oublie nos atouts. Ils sont pourtant extraordinaires: la stabilité politique, une monnaie forte et bien gérée, la sécurité juridique, un savoir-faire ancestral. C’est essentiel.

– La transition n’est pas forcément évidente…

– Non, c’est certain. On remet en question un modèle. Les marges diminuent et cela entraîne des restructurations qui sont douloureuses. J’ai de la compréhension pour ceux qui vivent mal ces changements rapides. Et j’ai une double crainte. D’un côté, nous devons faire ce que les grandes puissances nous imposent. De l’autre, je crains que la Suisse utilise trop d’énergie pour défendre le secret bancaire avec des initiatives qui posent ensuite des problèmes, comme Rubik ou la stratégie de l’argent blanc. On risque de se retrouver dans un système bien plus contraignant que nos concurrents. Pour autant qu’on puisse l’obtenir, l’accès au marché est essentiel. Le coût d’une structure à Malte est non seulement élevé mais aussi inutile: nous ne visons pas la clientèle maltaise, nous voulons seulement pouvoir démarcher la clientèle européenne, ce qui n’est pas possible depuis la Suisse.