Le groupe technologique bernois revient de loin (LT du 02.02. 2005). Après trois années de pertes sèches totalisant 755 millions de francs, il a refait surface l'an dernier. Rudolf Hadorn, 42 ans, diplômé de la Haute Ecole de Saint-Gall, a fait ses premières armes dans l'industrie automobile, chez General Motors. Engagé par Ascom en 2002 en tant que responsable des finances, il s'est assis, en juin 2004, dans le fauteuil directorial d'un groupe désormais centré sur les services «de niche». Il tire un premier bilan et fait part de ses attentes.

Le Temps: Un ancien directeur de Nokia va rejoindre le conseil d'administration d'Ascom. Avez-vous l'intention de revenir, à terme, sur le marché des appareils téléphoniques?

Rudolf Hadorn: En ce moment, ce secteur n'entre pas dans le cadre de notre nouvelle orientation stratégique. Le Dr Bergqvist apportera sa grande expérience pour le développement, national et international, de notre division Security Solutions qui fournit notamment des systèmes de télécommunications aux forces de police et à l'armée.

– Ascom renoue avec les bénéfices et envisage déjà de «petites acquisitions». Pouvez-vous être plus précis?

– Nous visons de petites entreprises qui nous permettraient d'étendre notre présence géographique ou d'acquérir un savoir-faire technologique. Les domaines de la vidéosurveillance ou de l'identification personnelle entreraient par exemple parfaitement dans le développement de notre division Security Solutions. En Allemagne, nous ne sommes pas présents sur l'entier du territoire. L'objectif consiste à ajouter quelques pièces du puzzle, non de songer à de grandes acquisitions.

– Pourquoi?

– Nous devons en priorité consolider et reconstruire nos affaires par une croissance interne. Il y a encore beaucoup de travail à faire dans ce sens avant de songer à augmenter notre chiffre d'affaires par une importante acquisition. Notre modèle commercial doit être solide. Trop de sociétés ont tenté de masquer, par des achats d'entreprises, la stagnation interne de leurs ventes. Une telle stratégie conduit à accumuler les problèmes au lieu de créer de la valeur pour l'actionnariat.

– Votre division de vente de systèmes de péage, de billetteries pour les transports publics et de gestion des parkings est largement bénéficiaire. Les commandes affluent.

Pourquoi persistez-vous à vouloir la vendre?

– C'est vrai. Les entrées de commandes de Transport Revenue sont très encourageantes, même s'il ne faut pas négliger un certain effet d'accordéon. Je pense cependant, en accord avec le conseil d'administration, que la situation de base n'a pas changé. Ascom n'a pas les moyens de développer, parallèlement et à toute vapeur, quatre divisions. Nous alternons donc les périodes de discussion et de négociation avec divers partenaires intéressés. Kudelski n'en fait pas partie. Pour des raisons bien compréhensibles, je ne donnerai aucune indication sur le prix que nous pensons en retirer. Nous considérons cependant ce dossier comme hautement prioritaire.

– Ascom a supprimé près de 1000 emplois l'an dernier. La vente de Transport Revenue touchera 21% des 3800 postes de travail restants. Quand votre situation bénéficiaire se traduira-t-elle par la création d'emplois?

– Nos objectifs de croissance dans les deux divisions Wireless Solutions (communication sans fil) et Security Solutions nous pousseront à augmenter nos effectifs au niveau national et international. Si vous lisez les journaux, vous aurez remarqué que nous cherchons quelques ingénieurs hautement qualifiés. Mais il ne s'agit pas de centaines de personnes, je vous l'accorde. Notre stratégie de désinvestissement vise également à minimiser les pertes d'emplois. Nous n'optons pas pour la voie la meilleur marché, à savoir licencier et fermer des usines. Nous avons vendu à des acquéreurs solvables qui reprennent une grande partie du personnel et disposent de tous les atouts en main pour faire croître leurs affaires.

– Dans quinze ou vingt ans, Ascom aura-t-il retrouvé un chiffre d'affaires de 3 milliards de francs et ses 11 000 employés?

– Je n'en sais rien. Je sais par contre que je ferai tout mon possible pour faire croître le chiffre d'affaires et le bénéfice du groupe.