Pas question de passer par un nouveau semi-confinement pour Economiesuisse! Selon Rudolf Minsch, président suppléant de la direction de l’organisation faîtière des entreprises et chef économiste, il faut bien différencier la situation qui a prévalu ce printemps de la nouvelle phase dans laquelle la Suisse est entrée.

Le Temps: Mi-mars, nous vous avions contacté chez vous à Klosters (GR). Où vous trouvez-vous aujourd’hui?

Rudolf Minsch: Je suis de nouveau à Klosters d’où je travaille à distance. Depuis quelques semaines, nous avons réduit massivement notre présence dans nos bureaux. Toutes nos réunions sont également organisées en ligne.

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En mars, vous aviez souligné que la Suisse faisait face à une crise de l’offre, pas de la demande. La situation n’est-elle pas en train de changer?

Nous courons en effet à présent le risque de glisser d’une crise de l’offre à une crise de la demande. Tout d’abord parce que certains de nos partenaires commerciaux sont durement touchés au niveau économique, mais aussi parce que le commerce international reste entravé par la situation sanitaire. Les entreprises qui sont par exemple actives dans le secteur des biens d’investissement n’ont pas accès à leurs clients. A l’intérieur du pays, le climat incertain risque de nuire à la consommation, même si, ces derniers mois, celle-ci a retrouvé un niveau inattendu, notamment grâce au chômage partiel.

Que pense Economiesuisse des mesures adoptées dimanche par le Conseil fédéral pour tout le pays?

Au vu de l’évolution sanitaire, elles sont compréhensibles et acceptables. Bien sûr, porter un masque n’est pas très agréable, mais en comparaison avec les dommages que des mesures plus strictes entraîneraient pour la société et l’économie, c’est tenable.

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Est-ce que cette harmonisation n’intervient pas un peu tard?

Ce sont d’abord les cantons les plus touchés qui ont pris des mesures. Ensuite, il était normal que le Conseil fédéral intervienne. Beaucoup d’entreprises avaient déjà réagi en réintroduisant le télétravail. J’observe d’ailleurs que l’économie réagit souvent plus vite que le politique. Selon moi, le plus important dans cette nouvelle phase, c’est de ne pas surréagir. Il ne faudrait pas arriver dans une situation où l’intervention politique serait jugée réussie sur le plan sanitaire, mais que le patient économique soit décédé.

La ligne rouge à ne pas franchir, c’est un nouveau semi-confinement?

Pour nous, il faut à tout prix éviter un deuxième lockdown. C’est un no go absolu. Nous ne sommes plus dans la même situation qu’en mars. Le virus est mieux connu et on remarque que les contaminations ne s’opèrent pas tellement dans le cadre professionnel, mais plutôt lors de rencontres privées. Cela démontre que les concepts de protection mis en place par les entreprises fonctionnent. Il ne s’agit pas uniquement de télétravail. Dans l’industrie, des mesures parfois contraignantes ont dû être prises, mais elles sont appliquées.

Autre mesure régulièrement critiquée: la quarantaine.

Plus on doit placer de gens en quarantaine, plus le coût économique augmente. Nous attendons beaucoup des tests rapides qui sont en voie d’introduction. Ils pourraient véritablement changer les règles du jeu. Ce que nous exigeons, c’est qu’on réduise la durée des quarantaines dès que ces tests seront opérationnels.

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Quand cela pourrait-il survenir?

Des entreprises telles que Roche et Siemens sont en passe de mettre leurs produits sur le marché. L’Office fédéral de la santé publique est en train de faire les premières évaluations.

Selon vos informations, comment se porte l’économie suisse?

Je décris l’évolution économique depuis mars avec un V mal formé. C’est-à-dire que la chute a été brutale, mais que la reprise est lente. Le PIB ne retrouvera probablement pas son niveau de 2019 avant 2022. Pour certaines professions, par exemple les soins aux personnes ou les coiffeurs, la situation s’est bien rétablie. Mais le tourisme urbain, les compagnies aériennes, l’événementiel, la restauration ou l’industrie d'exportation restent toujours durement touchés.

Malgré tout, le choc semble moins fort que redouté.

La capacité de résistance de l’économie suisse est incroyable. J’ai une thèse à ce sujet: les entreprises suisses sont habituées à vivre des crises et à devoir s’y adapter. C’est le cas dans l’industrie d’exportation, mais pas seulement. Lors de la crise financière de 2009, d’autres secteurs, par exemple celui des banques, ont été touchés. Le savoir-faire acquis a été très utile pour surmonter cette situation inédite.

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C’est toutefois maintenant que le test de résistance va vraiment s’opérer pour beaucoup d’entreprises.

Oui. Je m’attends à une hausse des suppressions d’emplois ces prochains mois, mais pas à une grosse vague de licenciements.

La bonne nouvelle, c’est que la reprise se confirme en Chine avec une hausse du PIB de 4,9% au troisième trimestre.

La Chine reste un marché de croissance pour la Suisse. C’est donc de toute manière positif pour notre pays. Mais c’est un marché difficile, surtout actuellement. Et on voit que l’autre locomotive que représentent les Etats-Unis fléchit. Ce pays entre dans une phase économique difficile.