La ruée vers l’euro a provoqué des pénuries

Hier, les files d’attente pouvaient atteindre une cinquantaine de mètres devant certains bureaux de change genevois. Depuis l’annonce de l’abolition du taux plancher, la ruée pour obtenir des euros est constante. Les stocks en monnaie européenne ont commencé à fondre et des agences bancaires se sont retrouvées à court d’euros.

«C’est la demande la plus forte, pratiquement supérieure à dix fois la normale, depuis la création de cette devise», confirme Olivier Schaerrer, porte-parole de la Banque Cantonale de Genève (BCGE). Le nouveau taux de change faisant le bonheur avant tout des travailleurs frontaliers, le canton de Genève a subi des pénuries dès vendredi.

A Plan-les-Ouates, qui jouxte la frontière française, on ne trouvait plus un euro samedi aux agences de la BCGE, chez Raiffeisen et chez UBS. Olivier Schaerrer explique: «Quelques bancomats de la BCGE sur les 85 équipés pour l’euro ont pu se trouver à court de devises. Nous avons accru nos demandes auprès de la Banque de France et de la Bundesbank peu après la décision de la BNS, mais la chaîne d’approvisionnement comporte de nombreuses étapes de sécurité, ce qui peut ralentir le rythme de réassort.»

Raiffeisen annonce avoir disposé de suffisamment d’euros, les rares pénuries dans les régions frontalières étant dues à des problèmes logistiques dans l’approvisionnement. Certaines des agences ont décidé de réduire temporairement la limite de retrait afin de satisfaire le plus de clients possible.

Deux heures d’attente

A l’agence MPARK de la Banque Migros de Carouge, deux cents personnes faisaient en permanence la queue vendredi. Temps d’attente: deux heures. Un agent témoigne: «Nous avons dû limiter les retraits à 5000 francs dans l’après-midi. On a fait ce lundi le plein en euros et les retraits sont redevenus libres.» Jusqu’à quelles sommes sont échangées? «Secret professionnel, mais si vous me dites 30 000 francs, je vous dirais que cela peut aller plus haut», répond l’agent. Urs Aeberli, le responsable des relations publiques chez la Banque Migros, confirme que la situation en billets d’euros s’est normalisée lundi «après une demande très vive en fin de semaine passée, surtout de la part de petits clients».

Bureau de change Cité Cambio, rue du Mont-Blanc. La file d’attente est moindre qu’en périphérie, une cinquantaine de personnes. Dont Yves, qui partira en vacances en Autriche. Il a en poche 10 000 francs. Il repartira dans une demi-heure avec 1200 euros gagnés par rapport à jeudi matin. Mais il est prudent car dans la file la rumeur enfle: les deux agents pourraient être à cours de billets d’ici à la fin de matinée. Un voisin de queue donne un tuyau: les caisses des stations-service frontalières avec la Suisse. Exemple à La Croix-de-Rozon, à la station du relais du Salève. Une caissière: «Nous acceptons les achats en euros puisque nous nous trouvons en zone dite franche, nous avons donc toujours des liquidités contrairement à ailleurs. Nous échangeons à 1,10 alors qu’ailleurs ça tourne autour de 1,03, mais vous êtes servis de suite.»