«Je ne vois aucun risque pour notre société dans une fusion entre les deux principales télévisions par satellite américaines. Il s'agirait plutôt d'une très belle opportunité», explique André Kudelski. Le président et administrateur-délégué du groupe vaudois répond avec optimisme aux nouvelles qui ont affolé mardi la Bourse suisse, faisant plonger jusqu'à 8% l'action de la firme de Cheseaux (VD), qui a finalement clôturé à 1447 francs, en baisse de 5%. La rumeur fait état de contacts engagés en vue d'un rapprochement entre DirecTV et EchoStar, respectivement numéros un et deux de la télévision par satellite aux Etats-Unis. L'origine de l'inquiétude des investisseurs est à chercher dans les rapports d'affaires existant entre EchoStar et Kudelski. 25% de la technologie du groupe vaudois est en effet vendue auprès du numéro deux américain, alors que le fournisseur de DirecTV n'est autre que News Digital Systems (NDS, filiale de News Corporation), concurrent de Kudelski.

Répondant à ces incertitudes, André Kudelski rappelle «les liens très solides» liant son entreprise à Charlie Ergen, le PDG fondateur d'EchoStar. Ce dernier dispose, selon l'industriel vaudois, de 90% des droits de vote d'EchoStar et souhaite fermement rester aux commandes de la société. Cette présence assurerait la pérennité des affaires réalisées par Kudelski avec le groupe américain. Dans cette perspective, la naissance d'un bouquet géant de télévision par satellite outre-Atlantique se présenterait comme «un rêve» pour la firme technologique romande, commente-t-il.

Il se veut rassurant, en rappelant qu'en 1997 le mariage entre EchoStar et News Corp. (groupe de communication présidé par Rupert Murdoch) avait capoté en raison, entre autres, d'un différend portant sur les décodeurs utilisés par les groupes. Les termes du contrat menant à la fusion soulignaient que «le meilleur système devait être préservé, raconte le dirigeant vaudois. Rupert Murdoch avait imposé ses boîtiers (technologie fournie par NDS, n.d.l.r.).» La fusion a échoué.

Les discussions entre Echo Star et DirecTV s'inscrivent de nouveau dans ce que le dirigeant vaudois décrit comme «un jeu de chaises musicales». Le rapprochement des deux sociétés se veut une réponse aux ambitions de News Corp. En début d'année, Rupert Murdoch avait en effet annoncé une fusion entre son groupe, News Corp., et DirecTV. Les négociations auraient achoppé sur la mauvaise entente entre Murdoch et les propriétaires de DirecTV. Le magnat australien avait mené à l'époque des discussions parallèles avec EchoStar, le client de Kudelski, au cas où l'opération avec DirecTV ne se concrétiserait pas. Les deux négociations ne se sont pas finalisées.

Contrer Rupert Murdoch

L'attitude de News Corp. a poussé ses concurrents à une contre-offensive. Ainsi, une fusion des activités d'EchoStar et de DirecTV permettrait de contrer les projets de Rupert Murdoch. Il semble que ce rapprochement ne poserait pas de problèmes cartellaires (position dominante), selon l'industriel vaudois, le nombre d'abonnés américains à la télévision par satellite étant encore restreint par rapport aux utilisateurs potentiels. La concrétisation des pourparlers engagés entre EchoStar et DirecTV répondra-t-elle au «rêve américain» d'André Kudelski? Affaire à suivre.