Bloqués! Les représentants des pays membres du FMI ont passé à Washington un dimanche à huis clos pour leur première assemblée du nouveau siècle. Bloqués par la rue qui a, par exemple, empêché le ministre français des Finances Laurent Fabius de participer à la réunion du G10 présidée par le chef du Département fédéral des finances Kaspar Villiger. «La liberté d'expression est nécessaire mais elle ne doit pas faire oublier la substance», a commenté ce dernier. Et d'insister sur le fait que le FMI et la Banque mondiale, dont l'assemblée se tenait ce lundi, font exactement ce que réclament les manifestants: ils travaillent à réduire la pauvreté. Car, ajoute Kaspar Villiger, «sans stabilité macroéconomique, on ne peut pas vaincre la pauvreté».

Cette stabilité pourrait-elle justement être affectée par les remous boursiers actuels? Que dire à propos des risques systémiques qui pourraient en résulter? Globalement satisfaits d'avoir malgré tout respecté leur agenda, les ministres et gouverneurs des banques centrales des pays du FMI ont aussi discuté cette question.

Si la rumeur de la rue véhicule un malaise, celle des marchés boursiers ne les inquiète pourtant pas. Ils ont constaté, à l'instar du groupe des huit plus grandes puissances (G8), que les perspectives économiques mondiales étaient bonnes et qu'il «fallait tirer plein parti des opportunités d'investissement créées par les nouvelles technologies pour augmenter les taux de croissance». Le Nasdaq plonge? «Chaque médaille a son revers», commente le président de la BNS, Hans Meyer. Son homologue à la Federal Reserve, Alan Greenspan, note que les récentes corrections n'ont fait qu'annuler les avances prises par la Nouvelle Economie depuis le début de cette année. Elles ne contiendraient donc aucun risque de fluctuation à caractère systémique même si cet «ajustement technique» pourrait encore durer quelque temps. Par contre, un haut responsable du FMI a relevé un décalage entre le taux de croissance actuel et le niveau de l'emploi en Europe. Cela cacherait un potentiel encore inexploité de croissance économique. Pour la Suisse, par exemple, ce potentiel pourrait, selon un haut fonctionnaire de la délégation helvétique, représenter au moins autant que la croissance actuelle. Rassurés par l'évolution macroéconomique, les membres du FMI ont donc pu continuer à ramper vers ses réformes. Comme l'a constaté Kaspar Villiger, on s'est ainsi mis d'accord sur la nécessité d'adapter les instruments du FMI à la réalité des marchés financiers. Ces facilités de crédit seront donc encore réduites en nombre et mieux ciblées dans leur utilisation pour les pays qui les demandent. Rien de précis ne semble être cependant sorti de la réunion sur la proposition suisse de renchérir le coût de certaines facilités pour les pays qui peuvent aussi faire appel au marché des capitaux.

Par contre, le Conseil d'administration du FMI a reçu le feu vert pour garantir sa crédibilité: toutes les banques centrales des pays qui lui demandent une aide devront prouver la transparence de leurs affaires par une expertise indépendante. A propos de l'implication du secteur privé dans la prévention et la résolution des crises économiques, Kaspar Villiger s'est réjoui des «premiers progrès enregistrés». «Le FMI a essayé de concrétiser les principes d'action pour des situations dans lesquelles son rôle de catalyseur ne va pas de soi», explique-t-il. Comme cela s'est passé au Brésil, où les montants nécessaires à résoudre la crise étaient exceptionnels, le FMI devrait arriver à conditionner son aide à une implication du secteur financier privé.

Si des progrès ont été réalisés sur cette question, cela peut signifier, qu'outre les membres du G8 et du G10, qui sont d'accord sur ce principe, d'autres pays moins développés du FMI commencent aussi à y réfléchir.