Après ses déboires de 1998, la Société Générale de Surveillance (SGS) reprend peu à peu des couleurs. Le groupe genevois d'inspection et de contrôle a vu son chiffre d'affaires augmenter de 3,8%, à 2,37 milliards de francs en 2000. De son côté, son bénéfice net a augmenté de 13,3% pour se fixer à 128,7 millions de francs.

Après avoir essuyé une perte sèche de plus de 290 millions de francs en 1998, le groupe s'est vu obligé de vendre ses filiales spécialisées dans la santé et les services aux assurances. Le recentrage de la SGS a obligé la société à tailler dans ses effectifs. Résultat: 3767 personnes au total ont quitté l'entreprise, alors que le scénario le plus dur tablait sur la suppression de 3500 emplois. Si l'on en croit le communiqué de la SGS, les coûts salariaux ont ainsi pu être contrôlés et les restructurations ont porté leurs fruits. Mais tous les analystes ne partagent pas cet avis. «L'effort de la SGS semble au premier abord important, mais il se voit peu dans les chiffres», remarque Mathias Egger, analyste auprès de la Banque Pictet & Cie à Genève. En fait, la grande déception vient de la faible croissance organique du groupe. Alors que celle-ci était de 4,6% au premier semestre 2000, elle est tombée à 0,6% au second semestre. «La perte des contrats avec les gouvernements philippin et ivoirien est à l'origine de cette baisse de régime», constate Mathias Egger.

La sortie par la petite porte de la SGS du marché des contrats gouvernementaux est à double tranchant. D'un côté, la société dépend de moins en moins de clients qui peinent à rembourser leurs dettes. De l'autre, la SGS voit s'échapper un marché où les taux de rentabilité flirtent avec les 17%! La diminution de la dépendance envers les mauvais débiteurs a donc un coût. Selon son porte-parole, Jean-Luc de Buman, «cette activité pourrait encore diminuer en 2001». A cause des défauts de paiement des pays en voie de développement, les créances de la SGS ont augmenté. Celles-ci sont passées de 361 millions en 1999 à 415 millions l'année passée. Et le poids de la dette des Philippines représente 51% des créances totales!

L'ancien gouvernement philippin du président déchu Joseph Estrada n'avait pas reconduit en 2000 le contrat qui liait la SGS depuis avril 1987 aux douanes du pays. Mais il est possible que la nouvelle administration de Gloria Arroyo revienne sur cette décision.

Selon des sources publiées par Le Temps du 22 février, le travail de la multinationale genevoise permettait aux autorités de Manille de prélever près de 400 millions de dollars (670 millions de francs) de recettes douanières supplémentaires par an. Si cette nouvelle se confirme, la société de surveillance qui inspectait les importations à destination de l'archipel pourra peut-être se faire rembourser l'ardoise des Philippines. Mais les résultats en demi-teinte ne sont pas les seuls à porter ombrage à la société genevoise.

Actions en justice

Le 19 mars dernier Max Amstutz, président du conseil d'administration de la SGS, a demandé la révocation d'Elisabeth Salina Amorini, descendante du fondateur et actuelle administratrice. Celle-ci a intenté en automne deux actions en justice contre le groupe, accusé de violer son droit à l'information. «Elisabeth Salina Amorini préfère casser le jouet plutôt que de voir les autres l'utiliser», souligne Jean-Luc de Buman.

Le conseil d'administration proposera mardi le versement d'un dividende en hausse de 1 franc à 5,80 francs par action nominative. De plus, la société table en 2001 sur la poursuite de la croissance de ses bénéfices. Le marché a salué ces résultats et l'action au porteur de la SGS a fini la séance à 2000 francs, en hausse de 76 francs (+3,9%).