La baisse des bourses, environ 10% depuis leurs points hauts, reste dans la définition d’une correction. Cependant, cette correction n’est peut-être pas anodine pour le long terme, car elle s’est appuyée, en deux étapes, sur des modifications des composantes essentielles du cadre économique.

La première étape fut liée au changement des conditions monétaires américaines. Bien qu’attendu depuis longtemps, le cycle haussier des taux américains est apparu plus fort et plus durable que prévu. Les investisseurs ont dû s’adapter, car ce resserrement monétaire offre non seulement une alternative intéressante aux placements à risque, mais il fait craindre également un ralentissement économique à terme. Même si cet ajustement s’avère douloureux, les stratégies de placement traditionnelles savent néanmoins gérer ces phases difficiles.

Mesures protectionnistes américaines

La deuxième étape fut liée aux mesures protectionnistes annoncées par Donald Trump, car les investisseurs se souviennent qu’entre 1929 et 1932, les mesures protectionnistes ont fait chuter le commerce international de 2/3 et, avec lui, la croissance économique. Dans ces phases, en revanche, il est très difficile de protéger son capital.

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Il y aura sans doute des contre-mesures chinoises, l’OMC sera appelée à la rescousse, cela prendra du temps et des dérapages sont possibles, mais a priori cela ne sera pas un remake des années 1930, car personne n’a intérêt à se lancer dans une guerre commerciale. Il s’agit donc probablement de gesticulations, préludes à de vraies négociations, pour forcer la Chine à respecter certaines règles du commerce international.

Des caresses protectionnistes inefficaces ou destructrices

Néanmoins, n’oublions pas que ces mesures protectionnistes occidentales cachent un autre élément plus inquiétant. Les classes moyennes des pays riches apparaissent comme les grandes perdantes de la mondialisation, par rapport aux populations des pays émergents et aux grandes sociétés internationales, et les dirigeants occidentaux doivent caresser ces classes moyennes afin d’éviter qu’elles ne les quittent et s’égarent dans des extrêmes politiques. Or ces caresses protectionnistes seront au mieux inefficaces ou au pire destructrices pour tous.

Il ne restera alors aux dirigeants populistes que deux solutions pour redistribuer du pouvoir d’achat aux classes moyennes: réclamer aux entreprises des augmentations de salaires ou taxer les entreprises internationales.

Autant dire que si ces deux solutions sont négatives pour les marges des entreprises, la première solution ne se décrète pas et la deuxième, dans un contexte de resserrement monétaire, pourrait constituer à long terme une rupture de paradigme, négative pour les valorisations boursières occidentales et en particulier pour celles des grands groupes internationaux. Pas de doute, les prochaines années et la fin du cycle économique américain s’annoncent compliquées.