Le russe EuroChem, spécialistedes engrais, s’installe à Zoug

Industrie La société veut contournerles sanctions et avoir accès aux crédits en s’installant en Suisse

Le groupe ambitionne de faire partie des leaders du secteur de la potasse

Alors que le Kremlin ne parle que de faire rapatrier par tous les moyens les capitaux russes, EuroChem vient de faire le voyage inverse. Le producteur d’engrais appartenant au milliardaire Andreï Melnichenko a discrètement transféré son siège à Zoug le mois dernier. «Il s’agit pour nous de mettre à l’abri nos actifs contre un raid corporate, car c’est toujours un risque en Russie», explique Olivier Harvey, directeur des relations avec les investisseurs.

Installé à Moscou depuis une dizaine d’années, il se prépare à déménager en Suisse avec l’ensemble de la direction. «En outre, être basé en Suisse nous facilite l’accès aux marchés financiers pour nos projets hors Russie. Même si Eurochem n’est pas visé par les sanctions internationales, de facto les banques ne prêtent plus aux groupes russes.»

Pour autant, EuroChem ne réduit pas la voilure sur la Russie, bien au contraire. «Nous investissons chaque année environ 1 milliard de dollars», poursuit Olivier Harvey. EuroChem, dont le chiffre d’affaires atteint 5 milliards de dollars par an, se porte bien avec un profit de 339 millions de dollars sur le premier trimestre 2015, a révélé le groupe mercredi. Et EuroChem vise haut, ambitionnant d’entrer dans le groupe très fermé des cinq leaders mondiaux de l’engrais. La société, qui est déjà installée dans les segments nitrates et phosphates, se lance dans la production de potasse. EuroChem vise une production de 1 million de tonnes de potasse en 2018, pour atteindre une capacité de 8,3 millions de tonnes annuelles d’ici à 2023.

Pour se hisser parmi les plus grands, le groupe parie sur des coûts de construction et opérationnels inférieurs aux concurrents. «Notre coût de construction par tonne de capacité est inférieur à ce qui est nécessaire pour amortir les investissements», explique Clark Bailey, directeur des opérations minières et ancien cadre de Potash, numéro un mondial de la potasse. «Nous sommes aussi très compétitifs grâce à des coûts de transport bien inférieurs à Uralkali», ajoute Harvey, en soulignant la proximité entre les mines d’EuroChem et les ports où le groupe possède des capacités.

Le secteur de la potasse est agité ces dernières années à cause d’une forte variation des prix, de cartels qui se font et se défont. La stratégie agressive d’EuroChem se fait jour sur fond des problèmes traversés par le numéro un russe de la potasse, Uralkali, qui défraie la chronique à cause de son brutal divorce avec le groupe Belaruskali, mais aussi à cause d’accidents à répétition dans ses mines de l’Oural.

«Le facteur clé, c’est que nous nous lançons sur le marché au bon moment, affirme Olivier Harvey. Nos concurrents sont handicapés par des problèmes financiers et techniques, tandis que nous investissons pour entrer à une période où la demande croît beaucoup en Inde et en Chine.» Il faut en effet plusieurs années pour lancer la production de potasse, qui requiert d’importantes infrastructures, des technologies complexes et de lourds investissements. Sûr de ses atouts, EuroChem fait d’ores et déjà circuler son désir d’une introduction en bourse «dans les deux à trois prochaines années».

EuroChem vise une production de 1 million de tonnes de potasse en 2018 et de 8,3 millions en 2023