En janvier dernier, la Russie avait coupé l'approvisionnement gazier vers l'Ukraine. Aujourd'hui, elle a interdit l'importation des vins venus de Géorgie. Hasard ou non, ces mesures commerciales, certes très différentes, touchent deux pays voisins qui, ex-républiques soviétiques, ont été le théâtre de révolutions anti-Moscou. Et toutes deux ont déclenché de vives réactions politiques. «Nous faisons face à un embargo économique réel déclaré contre la Géorgie», s'est ainsi insurgé Mikhaïl Saakashvili, le président géorgien et héros de la révolution des Roses contre les autorités pro russes en 2003. Il est d'autant plus inquiet que les ventes de vin sont vitales pour le pays, représentant plus de 10% des exportations nationales, soit quelque 90 millions de dollars par an de revenus. Près des trois quarts de ces ventes se font vers la Russie.

Une mesure de revanche

Lorsque, le 27 mars dernier, les autorités russes ont imposé un embargo sur les vins de Géorgie (et de Moldavie) au motif qu'ils contenaient des pesticides et d'autres produits chimiques dangereux, les tensions politiques entre Moscou et Tbilissi avaient déjà atteint un nouveau pic. Depuis deux ans, la Russie voit d'un mauvais œil l'ancien allié qui, devenu pro-occidental, espère intégrer l'OTAN et l'Union européenne. La Géorgie est déjà membre de l'Organisation mondiale du commerce, alors que la candidature de la Russie piétine. La guerre du vin pourrait d'ailleurs être liée aux négociations de Moscou pour rejoindre l'OMC. En tant que membre de l'organisation, Tbilissi aurait en effet posé de nouvelles conditions à Moscou. L'interdiction d'importations viticoles pourrait être une mesure de revanche.

Mais, entre les deux pays, les tensions sont tout autant économiques que politiques. Tbilissi accuse Moscou de soutenir les forces séparatistes dans deux régions géorgiennes frontalières de la Russie (Abkhazie et Ossétie du Sud). Des régions qui, exemptes de facto de droits de douane géorgiens, sont aussi des portes d'entrée pour les produits russes et des plaques tournantes pour toutes sortes de contrebandes. Pour essayer de reprendre le contrôle politique de ces régions, Tbilissi s'est récemment concentré sur les réglementations commerciales, rendant plus sévère sa surveillance douanière. Des mesures qui ont provoqué la colère des autorités locales pro-russes... et pourraient du coup avoir motivé une mesure de rétorsion de la part de Moscou: l'embargo sur les vins.

Paradoxalement, comme la guerre du gaz contre l'Ukraine, cet embargo pourrait avoir des effets secondaires négatifs pour la Russie. Les vins de Géorgie et de Moldavie, représentant la moitié du marché russe, manqueront bientôt dans les magasins puis sur les tables. Et de nombreux entrepreneurs risquent d'y perdre: plus de 65% de la distribution viticole géorgienne et moldave sont en effet contrôlés par... des sociétés russes.